Sur Geronimo, vous battez record sur record. Révélez-nous votre secret.
En mer, il faut donner pour recevoir. Il n’y a pas de secret. En un an, j’ai passé sept mois sur l’eau. Cela doit faire de moi l’un des hommes au monde à être le plus souvent en mer. Et j’ai la chance d’être bien entouré par une équipe enthousiaste et combative. Ces valeurs de générosité, de courage et de privation permettent à des hommes ensemble de faire toujours mieux. Entre nous, règne une magnifique atmosphère. Tout se fait dans l’allégresse avec une grande envie de courir.

Quel marin vous a le plus impressionné ?
De loin Tabarly. C’était un géant doté d’un regard, d’une réflexion et d’une intelligence de la mer tout à fait exceptionnelle. C’est Éric qui a inventé le premier multicoque digne de ce nom. On retrouve, dans les multicoques d’aujourd’hui, tout ce qui était dans Pen Duick IV, en plus affiné bien sûr. Nous formions un sacré équipage avec cet homme taciturne, un peu fermé, à terre mais de bonne humeur une fois en mer.

Vous aviez des caractères différents ….
Ne parlez pas de mon caractère, vous allez me faire du mal (rires) Lorsque vous n’êtes pas à la disposition des gens, vous passez pour avoir mauvais caractère. Si c’est ça, alors oui, j’assume. Moi, je ne suis pas à la disposition des gens, mais de mon métier. Si je m’occupe de mon bateau, il ne faut pas me déranger !

On imagine que la mer est présente dans votre esprit 24 heures sur 24.
Je pense beaucoup à la mer, au vent ou à la météo. Vous savez, c’est très prenant. Je fais très peu de choses à côté.

Comment expliquez-vous votre immense popularité ?
Notre sport n’est pas tordu. On ne triche pas, on met notre cœur et notre âme, on prend des risques. Si vous regardez bien, je suis le seul survivant de ma génération. Les gens sont sensibles à tout cela. Et puis, on entend souvent parler de moi, cela joue aussi. Depuis cinq ans, Geronimo part à l’aventure aux quatre coins du monde. C’est l’armement qui navigue le plus. Les gens sont toujours étonnés de nous retrouver en Australie, à Tokyo ou à San Diego.

Vous semblez jouer à fond la carte des médias ?
Faux. Je n’arrête pas de refuser des interviews et des émissions de radio ou de télé. Moi, je ne parle pas si je n’ai rien à dire. À la différence d’Éric Tabarly, je fais l’effort de répondre aux médias même si je préfèrerais être dans le rôle du reporter. J’ai toujours aimé faire des reportages, comme dernièrement pour mon livre de photos La Bretagne vue de la mer.

Comment arrive-t-on un jour aux Grosses Têtes ?
Parce qu’on a besoin d’argent. C’est très bien de faire l’aventurier, mais il faut nourrir sa famille et entretenir ses bateaux.

Racontez-nous votre arrivée sur RTL.
C’était en 1980. Je me suis retrouvé un jour en mer à bricoler un poste de radio où j’ai entendu Jacques Martin dans Les Grosses Têtes. Cette émission m’a fait marrer. Mon fils aîné Arthur est né au mois de mai. Je suis rentré à Paris pour aller le voir. Avec Jacques Martin et Jean Yanne, nous avons fêté la naissance du bébé chez Castel. J’avais fait la connaissance de Jacques Martin en Polynésie. Jacques m’a dit : “Pourquoi tu ne viens pas avec nous à la radio ?” J’étais assez marrant quand j’étais jeune. C’est comme ça que cette histoire a commencé. Je fais de la radio et de la télé pour faire vivre ma famille et mon armement parfois. J’aurais été Mozart, les choses auraient été différentes. (rires)