Olivier de Kersauson 2005
   
Participation à l'Oryx Cup ( tour du monde )
   


23/01/05

GeronimoSuez
Voir Doha et ... partir : Olivier de Kersauson qui n'est pas du style à composer avec le genre humain, a beaucoup appris dans ce domaine lors du convoyage à Doha. Deux fois ne sont pas coutume, c'est avec les hommes de l'armée Egyptienne qu'il a fallut tirer des bords à Port Saïd, pour pouvoir franchir le Canal de Suez, puis avec la marine Iranienne pour dépasser l'ile d'Abu Masu en face de Dubaï.
Les deux trimarans sont enfin arrivés à Doha. Il reste maintenant 10 jours pour prendre du repos, mettre Geronimo en configuration de course (chasse aux tonnes superflues) et sélectionner l'équipage définitif. Départ de ce tour du monde le 5 février 2005.

01/02/05

Sheraton Doha
Les potins du Sheraton (Exclusif). Après une réception à l'Ambassade de France où Olivier est venu dans une tenue vestimentaire " spéciale diplomatie " dont il a seul le secret (pantalon blanc retourné à mi-jambes et bottes en caoutchouc de la coopérative maritime de Brest ...) les sponsors, dont Philippe Lavie, Directeur de communication de Schneider Electric, ont réunis une cinquantaine d'invités au Sheraton de Doha, en présence de l'équipage de Geronimo. OdK était de fort mauvaise humeur pestiférant contre tous et, en particulier contre les organisateurs Anglais qu'il rend responsables de la fragilité du ponton d'amarrage officiel. Le tirant d'eau est en outre trop faible au niveau de ce ponton, aussi, par sécurité, Olivier a préféré rester au port de commerce. Une trentaine de privilégiés ont eu la possibilité de visiter le trimaran: l'habitabilité y est extrèmement spartiate avec 1 seul wc marin pour 12 hommes (les connaisseurs apprécieront), deux postes de cuisine et des bannettes où il vaut mieux ne pas essayer de se retourner. Yves Pouillaude ne rentrera pas en France pendant la durée de l'Oryx, il restera sur place à Doha ou dans la région. Olivier de Kersauson, qui semble très optimiste sur ses chances, ne compte pas s'éterniser à Doha au retour : " Je prends mon chèque et je me casse !!! "

Olivier de Kersauson Doha
Olivier de Kersauson Doha

02/02/05

Sheraton Doha
Sélections. Les 12 hommes qui participeront à l'Oryx Cup sur Geronimo sont maintenant connus : Olivier de Kersauson : skipper, Didier Ragot : second & cellule tactique, Pierre Corriveaud : chef de quart , Franck Ferey : chef de quart , Xavier Briault, Armand Coursaudon, Philippe Laot, Rodolphe Jacq, Jean Charles Corre, Arnaud Boissière, Lucas Zamecknick.
On relève donc 3 petits nouveaux : Lucas Zamecknick, 29 ans né à Paris embarquera pour son premier Tour du monde. Jean Charles Corre, 32 ans né à Lorient et résident à Tahiti a eu un parcours atypique car il est également officier de marine marchande. Arnaud Boissière, 32 ans, bordelais, titullaire d’un deug de géographie a participé à de nombreuses courses dont 2 mini Transat, 3 figaro et également à la préparation d’Aquitaine innovation.
Yves Pouillaude, ancien et toujours fidèle d'Olivier de Kersauson a choisi de ne pas participer à ce tour du monde.
 

03/02/05

Sheraton Doha
Convergence Antarctique. La direction de course de l'Oryx Cup 2005 a annoncé la création d'une marque de passage obligatoire à l'est de l'Uruguay afin de contraindre les multicoques à remonter légèrement au nord dans la mer de Weddell (extrème sud de l'Atlantique) pour éviter les effets désastreux des remontés de glaces de la convergence Antarctique.
Cette sage décision sera de nature à dissuader les audacieux de prendre des risques en coupant au plus serré à partir du cap Horn pour rejoindre le Cap de Bonne Espérance.

04/02/05

Sheraton Doha
Il est temps d'y aller : Olivier de Kersauson est pressé d'en découdre à armes météorologiques égales avec une sélection des plus grand multicoques de la planète, dont le fameux Cheyenne qui a décroché tant de records illustres et enviés.
"Il est temps d'y aller. Nous avions envie de faire une pause dans le défi " solitaire " (Trophée Jules Verne). Et puis là, nous serons en course et les souffrances ne seront plus les mêmes car elle seront partagées ! On ne se battra plus contre un chronomètre et nous serons météorologiquement parlant à armes égales. Et surtout, nous sommes vraiment ravis de partir nous frotter en course à une telle concurrence"
Départ de ce 10ème tour du monde pour Olivier de Kersauson demain samedi 5 février 2005 à 12 h. Prévisions météo : 10/15 nœuds de Nord, fraîchissant 15/20 en soirée, puis 20/15 nœuds de sud ouest.
 
Geronimo

05/02/05

Sheraton Doha
Paroles de terrienne : " Tout change, nous n'entendons plus, comme avant, la voix de la mer lors des départs de course. Elle ne parvient plus à se faire entendre, elle essaye pourtant, mais il y a tellement de bruit ça et là, que la mer pleure et on ne l'entends même pas. On entend seulement le bruit des appareils photos, clic clic, flash flash, et le brouhaha causé par le blabla incessant du ghotta invité, bon mais eux  c'est normal qu'ils parlent ils s'en foutent de la mer, ils n'aiment pas la mer, ils ne savent même pas qu'elle a une odeur bien à elle, ils veulent juste se montrer, voir et être vu, on appelle ça les relations publiques... Pfiou quelle misère, mais dites moi, dans quel monde on vit ? Hein, je vous le demande... Je suis triste. Oh ben non faut pas l'être. Oui bon ben merde je fais ce que je veux ! Je suis triste c'est tout ! Ok, ok et qu'est ce qui pourrait faire que tu sois moins triste ? Ben une seule chose : que Geronimo gagne. Pour la coupe ? Ah ben nan pas pour la coupe, tu l'as vu ? Elle est trop pas belle, je déteste le tape à l'oeil, le clinquant, bref en un mot le vulgaire. Pour l'argent ? Ah non encore moins c'est à cause de ça que l'on entends plus la mer et pi franchement ils feraient mieux de donner tout ce fric pour les victimes du Tsunami, c'est pure indécence tout ça :( Non, je souhaite que Geronimo gagne juste pour récompenser les gars et le Cap'tain de leur travail... C'est mérité... Bonne chance à vous Messieurs, nous penserons bien à vous :) " Kaya

05/02/05

Oryx Cup : le top départ a été donné à 12 h par son Excellence, Cheikh Tamim bin Hamad bin Khalifa Al Thani (moi mon nom c'est Lombard !!!)
Ambiance détendue à bord de Geronimo quelques minutes avant le départ. Un groupe de supporters Français a fait du bord à bord avec le trimaran en scandant " le million, le million !!! ". L'équipage a répondu en levant les bras en l'air dans une clameur générale. Malgré les interdictions locales, il y avait même un optimiste à proximité de la ligne de départ pour soutenir les participants. Doha 2006 a franchi la ligne en 1er (diplomatie oblige ?), Geronimo en 2ème suivi de Cheyenne et Daedelus. Bon vent à tous.
 
Olivier de Kersauson Doha
Olivier de Kersauson Doha

06/02/05

Geronimo
Paroles de marin : " Une journée sans vent comme celle ci, on perd deux kilos de sueur pour s’en sortir si on est en record ! Alors que là, on voit les autres qui ont à peine assez de vitesse pour garder leur cap, alors cela nous soulage, ça nous fait même assez plaisir de les voir dans la même pétole que nous dans tous les sens. Là on est vraiment contents d’être en course ! . " OdK

07/02/05

Geronimo
Paroles de marin : " Les premières heures de course ont été amusantes puisque nous naviguions, non pas en fonction du vent, mais en fonction des obstacles. Ici, des interdictions de naviguer Iraniennes, là, des champs de pétrole… Cela ressemblait à une course de voitures dans un salon encombré de meubles. Nous avons viré ou empanné à cause des obstacles, ce n’est pas très maritime et les bords n’ont pas toujours été rentables, mais comme tout le monde est logé à la même enseigne, ce n’est pas pénalisant.  Même si nous rencontrons de la pétole, ce n’est pas dramatique, en record, c’est un drame et l’ambiance s’en ressent. Il n’y a pas la même tension… Les autres concurrents subissent ou vont subir la même chose. Que l’on mette 55 jours ou 63 jours à boucler ce tour du monde n’a pas d’importance, ce qu’il faut c’est couper la ligne en tête. La compétition c’est définitivement plus amusant et moins fatigant qu’un record  " OdK
 
Geronimo

08/02/05

Geronimo
Paroles de marin : " On essaye de traverser un anticyclone monstrueux, on a Doha 2006 à vue à 4 milles depuis le lever du jour. Il y a une espèce de pétole blanche, le vent oscille entre 1 - 2 et 3 noeuds. Tout cela avec une chaleur de bête. Tout ça donne une idée de ce que ça risque d'être au retour. On fait du 360° de temps en temps parce que le vent tourne et cela repart avec 1 noeud de chiotte de Sud-Ouest. Un espèce de ballet mou. J'ai vécu cela en record ce qui est assez horripilant, mais en course c'est assez marrant. Il n'y a pas le stress qu'il y a en record mais c'est désolant. Dans ces conditions là on va démarrer ensemble. Il n'y aura pas de surprise. On ne sera pas à 20 noeuds avant 48 heures. "
Sur le mât basculant : " On en saura plus dans 5 à 6000 milles. À certaines allures, ça a l’air d'être payant et à d’autres allures ça a l'air d'être catastrophique. "
La vie à bord :" Didier et moi on est hors quart donc moi je dors plus que d'habitude. Comme on fait toutes les manoeuvres, cela fait 7 hommes sur le pont à chaque manoeuvre. C'est bien, ce rythme à l'air d’être satisfaisant pour tout le monde. "
Au sujet de Lady Ellen : " Il faut une grande intelligence de la mer et de la compétition pour réaliser ce que cet extraordinaire marin de 30 kilos a réalisé. Il ne s’agit pas d’une légende vaporeuse, c’est une professionnelle de haut niveau, au caractère formidable, structuré et déterminé. C’est le résultat de trois ans de travail acharné grâce auquel on peut voir que tous les 18 mois, les progrès réalisés sur nos bateaux peuvent être décisifs. Un grand bravo à Ellen et son équipe ! " OdK


09/02/05

Geronimo
Paroles de marin : " Depuis 7 heures, on n'est plus à vue de Doha 2006. On a de l'est - nord-est, ça va bien on est entre 21 et 26 noeuds. La mer est relativement plate, facile, c'est une bonne glisse. C'est une piste relativement facile mais c'est pas parce que la bande de roulement est douce que la transmission n'est pas dure. Il faut se méfier de ce qui se passe autour de nous. " ...
" Je ne sais pas si son option sera payante (option de Cheyenne positionné 3° plus au nord et 3° plus à l'est), on n'est pas encore dans un système d'alizés établi. C'est difficile d'avoir un regard sûr sur les zones qu'on traverse en ce moment. Entre les prévisions et la réalité on a quand même des écarts assez forts. " ...
" A bord, il y a une bonne ambiance. Tout se passe bien dans une ambiance passionnée, maritimement agressive et humainement détendue. On a fêté l'anniversaire de Didier Ragot. Antoine (Deru) lui a fabriqué une sorte de ruban pour tenir ses cheveux, c'est d'un goût délicieux. On n'a pas tellement le temps de gueuler happy birthday sous les étoiles. " ...
" Dans 48 heures, on sera pas loin de l'Equateur. Le passage du Pot au Noir à l'air d'être très très spécial avec création de petites dépressions qui peuvent devenir cyclones. J'ai du passer le Pot au Noir environ 25 fois dans ma vie ou 30 fois. On sait pratiquement tout sur le Pot au Noir en l'Atlantique Nord mais dans cette région là on ne sait pas. On a une idée, mais ça reste une idée. " OdK


09/02/05

Nouvelles : J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. Je commence par laquelle ? Allez la mauvaise : Bruno Peyron est privé de radar. Sa navigation est devenue très dangereuse la nuit, il n'a plus que des jumelles infrarouge pour repèrer les icebergs qui foisonnent à la latitude 50° S. La bonne : pour la première fois depuis 2001 le site officiel de Geronimo diffuse de superbes vidéos transmises par satellite depuis le trimaran. Allez y c'est émouvant de voir Olivier à la table à carte et cela vaut le coup de patienter le temps du téléchargement.

11/02/05

Paroles de marin-terrien : ODK et son équipage n'ont pas quittés Brest pour des Prunes ! J'ai pu suivre de très près la préparation de Geronimo pour mon ami François et ça me ferai mal au c.. si Geronimo revenait à Brest bredouille ... J'ai navigué durant 8 ans sur toutes les mer et je sais pertinemment que rien n'est gagné ... Mais, j'ai hâte d'être là, au Moulin Blanc pour le retour... Car, un retour d'ODK à Brest après un tour du monde est toujours un moment qui marque ! Et le mal au c.. en cas d'echec sera très vite oublié ... Le mal à la tête qui arrivera le lendemain s'il gagne risque d'être plus douloureux... ! Je retiens l'exploit humain, et peu importe l'issue... Un tour du monde en voilier n'est à la portée que de très peu de marins. Yannick

11/02/05

Geronimo
Paroles de marin : " Y'a pas énormément de vent, mais c'est un angle au vent où les bateaux vont vite. On est souvent à 27 noeuds avec la mer de travers ce qui est pas toujours facile. Dans les deux dernières heures, le nombre d'arbres qu'on a croisés sur l'eau ! Ce sont des arbres qui ont été arrachés par le Tsunami et qui en un mot ont fait la route. Y'a des épaves partout sur la mer, on espère qu'on va pas s'en prendre une aussi. On les voit mais alors de nuit c'est plus compliqué. On a appris ça on était en mer en convoyage sur Doha. C'est effrayant et quand on voit, à la position où on est, les arbres arrachés, on se dit le voyage qu'ils ont fait depuis un mois déjà. Ces arbres ont été arrachés à la terre par une vague énorme, ça glace le sang." ...
" On a des points météo assez précis avec Météo France, ils ont l'air d'être bien pointus sur les zones qu'on traverse. il y a beaucoup d'observations qui sont dans l'ensemble assez bonnes. Mais là où on est étonné c'est l'extraordinaire variabilité à l'intérieur de ces observervations. Les vents changent de 10 -15 ° à toute vitesse, de 5 noeuds en force à toute vitesse. C'est très irrégulier. Ça n'a rien à voir avec l'Atlantique. " ...
" A la table à cartes, dès qu'on peut ouvrir les capots pour aérer, on est en eau immédiatement. Je sais pas quelle température il fait. D'ailleurs je préfère pas regarder ça nous couperait le moral. "OdK
 
Geronimo

12/02/05

Geronimo
Paroles de marin (fin de la vacation du 11) : " Si le vent se maintient, mais il se maintiendra pas dans 360 milles ... on va être dans une zone de calme dans une quinzaine d'heure et là on va faire un Equateur où il y a des vents très faibles. ... C'est sur une option météo que j'ai prise qui n'était manifestement pas bonne. Il y avait une information qui me manquait. J'ai fait une stratégie et là j'ai payé cash, sérieux d'ailleurs. On a été chercher le vent d'est qui ne venait pas, c'est pour ça que j'avais lofé beaucoup et quand on redescendait sur les Maldives, Doha pouvait lofer alors que moi j'étais obligé d'abattre. Il y avait un écart de vitesse facilement de 4 noeuds entre les deux bateaux et ça a duré une vingtaine d'heures. Après la pétole nous est arrivé dessus ensemble, et ils sont sortis de la pétole dix heures avant nous ... On n'est pas inquiets non plus. "
" C'est bien, c'est génial, on navigue, on est nombreux, on est un de plus que d'habitude. Le fait que Didier et moi soyons hors quart cela me permet d'être beaucoup plus sur le pont que d'habitude, de faire de la barre, de rester sur le pont et puis j'ai le temps de m'économiser. Je sais que Didier peut prendre la relève à tout moment si j'ai besoin de dormir, ça fait une bonne ambiance. Les chefs de quart, Pierre Corriveaud et Franck Ferey mènent cela à la baguette, c'est vraiment bien. A chaque manoeuvre on est sept donc on va vite. "
" C'est sans innocence, on va vers des mers rugueuses, des océans qui sont d'une grande beauté, et un Pacifique froid. Aujourd'hui à l'intérieur du bateau, en dépit du vent, il doit fait facilement 35-37° et quand on va arriver là bas, par moments il va faire -3-4°. Cela va faire un rafraîchissement voyez-vous ! " - OdK

14/02/05

Geronimo
Paroles de marin : " Je comprends pas bien les calculs qu'ils font. Je vois pas comment on aurait repris 130 milles à un bateau en 24 heures. Je pense qu'on lui a repris 70 milles à peu près et que maintenant on est très près de lui et il y a surtout le fait qu'à priori on doit aller mieux dans cette mer hostile que lui. Il y a deux parcours depuis le départ, maintenant on est tous enfin dans les vents établis de la même direction. Le parcours ressemblait quand même beaucoup à une loterie. Comment voulez-vous expliquer qu'un bateau comme Cheyenne soit 200 ou 300 milles derrière nous alors que manifestement c'est un bateau qui a des jambes pour être à la même hauteur que nous. (...) La mer est trop dure, j'espère pouvoir ouvrir (l'angle du vent) demain matin, faire de la glisse. Là, la seule chose qu'on peut faire c'est serrer le vent, en plus il y a entre 22 et 27 noeuds dans les rafales. Actuellement sur Geronimo on est avec deux ris-trinquette et un clapot maudit. (...) Nos partenaires Cap Gemini et Schneider Electric ne devraient pas être déçus du mal que se donne cette équipe, c'est vraiment une belle équipe. (...) Doha 2006 a été préparé tardivement, bien, avec une très très bonne équipe et à mon avis un très bon voilier. Vu ce que j'ai vu, ils ont des voiles sublimes pour les petits airs et puis une équipe qui sait travailler. (...) Un bateau dans une course comme l'Oryx Cup qui a 300-400-500 milles de retard sur un autre, ça veut dire qu'il est moins bien placé mais ça veut pas dire qu'il est pas dangereux. " OdK

14/02/05

Liberation
Le jeu est subtil, parfois amusant et souvent cruel. : " Notre départ de Doha ? Un peu comme si, d'une main immense et lasse, s'étaient échappés doucement quatre grands bateaux pour ce tour du monde. On aurait dit un départ mou comme la montre de Dali. Ce qui pour nous est chose nouvelle, car nos départs pour chasser le Jules-Verne se déroulaient d'ordinaire dans des conditions musclées. Mais se retrouver en course nous soulage de cette douleur permanente du record. C'est comme si on nous avait retiré d'un coup sec ce poignard que nous avions dans le ventre. Bien sûr, il y a les adversaires ! Nous sommes restés à vue du catamaran Doha 2006 pendant vingt-quatre heures. On renoue du coup avec cette joie de naviguer en flotte, avec ces moments étonnants où l'on progresse à l'aveugle. Combien m'a-t-il pris ? Combien lui ai-je repris ? Avec les phénomènes météo hors normes que l'on rencontre dans la descente de la mer d'Oman, il est possible de perdre 100 milles en une journée. Le jeu est subtil, parfois amusant et souvent cruel. A ce propos, je pense à un bateau comme Cheyenne (qui détient le record autour du monde en 58 jours, ndlr), qui a enchaîné depuis le départ toutes les catastrophes météo. Il accusait hier 350 milles de retard. Pourtant, rien n'indique que demain il ne sera pas dans notre tableau arrière. Tout cela pour dire qu'en mer les acquis solides n'existent pas. Par exemple, toutes les sources météo, la semaine dernière, donnaient une variation dans l'Est et je m'en suis servi pour me placer. Résultat : j'ai pris une gamelle et perdu 60 milles en vingt-quatre heures. Toute la flotte est sous l'emprise des coups tordus. Le retour vers Doha va l'être tout autant. Après avoir coupé l'équateur samedi 35 minutes derrière Doha, on a repris une partie de notre retard. Puis Doha 2006 s'est à nouveau échappé.
Ce qui nous est commun pour le moment, c'est cette chaleur de bête sur un océan panthère avec des taches de calme. Un coup, on se fait dévorer par la prévision. Le coup suivant, tu dévores l'autre. En longeant la côte indienne, on a vu quatre énormes arbres déracinés qui dérivaient. Nous étions en convoyage quand nous avons appris ce gigantesque raz de marée. J'en ai eu la gorge serrée. Le "monstre" tant redouté par chaque marin avait frappé des paysages d'une grande douceur. Ces arbres déracinés, comme un legs d'un monde qui n'est pas complètement achevé, avaient quelque chose de glaçant. J'ai souvent affirmé que mon équipage était très courageux. Il possède une grande agressivité dans la navigation et Geromino, c'est quand même un demi-kilomètre de cordage à bouffer à la manoeuvre.
Au moment où j'écris ces lignes, je nourris la satisfaction d'avoir formé avec Didier (Ragot, son second, ndlr) des matelots aux profils si singuliers et d'en avoir fait des chefs de quart. C'est justement cet héritage que j'ai transmis que je m'enchante de voir au travail jour après jour. "
- OdK - source http://www.liberation.fr/
 
Geronimo

15/02/05

Point météo : " Le prochain obstacle est une bulle anticyclonique située dans leur sud, elle se déplace très lentement vers l'ouest. Les deux bateaux ont croisé cette nuit, Geronimo navigue plus près du vent que Doha 2006, ils profitent actuellement d'un alizé Est/Sud Est de 20 nœuds de moyenne. Passée cette cellule anticyclonique, ils vont toucher des vents assez forts. Normalement, la bulle est à contourner par l'ouest, pour aller chercher le flux perturbé au niveau des 40èmes, à partir de là, ça devrait cavaler, dans environ deux jours et demi, trois jours, ça va dépendre de la manière dont ils négocient la bulle " Richard Silvani - Météo France

16/02/05

Le coup du lapin vert : Les gens de mer le savent bien, on ne prononce jamais le mot lapin sur un bateau, cela porterait malheur. Cette superstition ne semble pas être la seule puisque le vert serait également maléfique chez les marins. La preuve en est que Mark Featherstone a officiellement demandé à la direction de course de l'Oryx Cup de changer la couleur de Cheyenne sur les cartes ! Ce qui fut demandé fut immédiatement fait ... Cheyenne qui était en vert est devenu violet ! C'est déjà un peu gros cette gaminerie, on aurait pu en rester là. Et bien non, les grands enfants déclarent maintenant qu'ils ont immédiatement gagné de la vitesse ce qui leur a permis de reprendre l'avantage sur DAEDALUS !!!
Cela vous fait rire ???
Moi je trouve cela consternant, je me faisais une toute autre idée de la compétition océanique !
Cheyenne devrait aussi se faire livrer un trèfle à quatre feuilles au milieu de l'Indien pour pouvoir remonter Geronimo plus rapidement. Je suis bête ... un trèfle c'est vert ! Je suis en train de me demander si Fosett n'a pas décroché le record absolu du Tour du Monde en disant des messes noires contre Olivier de Kersauson dans le cockpit de Cheyenne.

16/02/05

Geronimo
Paroles de marin : " On va arriver dans un système anticyclonique très lourd, relativement mobile mais complexe. La stratégie est pas évidente, elle existe mais elle est pas évidente. C'est bien cabossé mais on a l'habitude des bosses donc ça va, c'est un peu chaotique comme vous l'entendez. Il faut voir, c'est compliqué. La stratégie demain elle va beaucoup dépendre de la réalité du déplacement d'un énorme anticyclone qui nous barre la route. Donc est-ce qu'il se déplace vite ou pas vite vers l'est ? Si il se déplace en laissant de quoi passer, on passe, si il ne laisse pas de quoi passer, c'est pas terrible. En général dans une flotte mieux vaut être le bateau au vent parce qu'au moins à ce moment là on est libre de sa manoeuvre. On peut descendre sur l'autre, c'est un meilleur point de contrôle. Mais en fait moi j'ai pris cette stratégie là parce que je pensais que c'était bien d'être placé là où on est. Vous faites en permanence des choix en fonction de ce que vous avez compris dans le monde qui vous entoure. Le monde météorologique, les renseignements qu'on a sont relativement précis. Mais l'évolution est parfois un peu capricieuse. Dès que vous prenez une option un peu marquée, vous prenez un risque. Le risque météorologique qui peut-être lourd. Cela doit être surveillé heure par heure, c'est ce que j'étais en train de faire quand vous m'avez appelé. J'étais en train de faire des simulations de ma route en fonction des renseignements que j'ai pour voir si je pouvais passer ou pas passer. C'est de l'épicerie. " (...)
" L'anticyclone est lourd, il est gros, il fait 1200 kilomètres de diamètre en nord-sud et 2000 et quelques en est-ouest donc il faut réussir à traverser ça, sans laisser trop de plumes non plus. C'est pas évident. Mais c'est pas impossible. " (...)
" La cadence est lourde, fatiguante. Pour tout le monde c'est fatiguant, le bateau tape beaucoup, c'est fatiguant pour les nerfs, pour le physique. Vous pouvez pas rester debout nulle part, vous pouvez pas faire un geste sans être accroché à l'intérieur et sur le pont c'est presque pareil. C'est une vie que l'on pourrait qualifier de momentanément inconfortable. " (...)
" On a remis les polaires en partie, les cirés sûrement. Sur le pont c'est la douche, on peut pas piloter sans lunettes. Il n'y a pas de pilote automatique, c'est interdit. Dans ces mers là, pour aller vite il faut barrer, anticiper à chaque vague. " (...) " Là c'est pas de la belle glisse, c'est de la besogne. Mais ça fait partie du métier de marin, c'est amusant d'avoir à affronter tous les types de temps, tous les angles au vent et tous les types de mers. " OdK
 
Geronimo

17/02/05

Cheyenne persécuté ? Je vous ai fait part de la revendication de Cheyenne qui souhaitait changer de couleur sur les cartes officielles de l'Oryx. Le violet lui a été attribué à la place du vert, mais cela ne s'arrange pas car le cata du banquier Fossett est à nouveau dernier !!! J'ai trouvé la cause probable de cette nouvelle malédiction dans l'étude du traité des couleurs basé sur les travaux de Goethe qui indique que le violet serait signe de soumission et de sacrifice !!!
Pas de ça chez nous, je propose une solution radicale : l'indigo qui d'après le traité est signe de force et de royauté. Il a en effet les mêmes vertus que le bleu mais en plus élevé. Là Cheyenne sera définitivement armé pour battre Geronimo qui est en bleu ... :-))

18/02/05

Geronimo
Avarie qualifiée de sérieuse pour Geronimo : Alors qu'il tenait la tête de la course, l'équipage a constaté au petit matin que le bras de liaison tribord avant du trimaran était fendu. La sécurité a toujours été l'objectif n° 1 à bord de Geronimo aussi Olivier de Kersauson a déclaré qu'il était inconcevable d'aborder les mers du Sud en l'état actuel du multicoque. Olivier est en train d'évaluer les possibilités de réparation en mer et sans assistance. Cette réparation qui nécessite une mer calme et une atmosphère sèche sera de toutes manières longue et complexe. Une pensée affectueuse pour les douze hommes dont on imagine la détresse :-(

18/02/05

Olivier de Kersauson
Paroles de marin : " Aller courrir autour du monde, c'est accepter de sacrifier plein de choses. Quand un bateau va mal, c'est quelque chose de grave pour les gens qui naviguent…
Vous savez, un bateau qui va mal, c'est des rêves qui meurent, et c'est ça qui est grave en fait.
" - OdK le 4 mars 2004

18/02/05

Geronimo
Cap sur l'Australie : " Ce qui s'est passé on sait pas, ce qu'on pense après analyse du bras et de l'impact, c'est que dans la mer on heurté quelque à un moment donné où on engageait jusqu'au bras. L'amorce de rupture, qui fait 20 à 30 cm à peu près est vraiment cassée. Les deux peaux sont rompues et les dégradations qu'ils y a autour ressemblent à un impact violent. C'est pas un effort de torsion ni de flexion. C'est une amorce de délaminage très forte qui interdit de naviguer babord amure donc appuyé sur tribord. On peut pas naviguer avec le bateau tel qu'il est là. C'est à la courbure du bras de liaison et du flotteur. C'est une partie qui est assez basse dans l'eau et qui est souvent, dans certaines conditions de mer rude, presque submergée. Le bras n'est pas accessible de l'intérieur. On est au portant, on descend dans le sud, pour récupérer des vents de sud qui vont essayer de nous ramener sur l'Australie. Il faut que ce flotteur là ne soit pas en appui, ... c'est quand même délicat pour être précis. On a pas les moyens (de réparer) il faudrait une pompe à vide, il faudrait du matériel qu'on a pas à bord. Sur un impact plus petit je pense qu'on aurait pu le faire. Dans quelques heures on sera par 40 sud, le mauvais temps arrive et on a pas les moyens de travailler, il n'est pas question d'aller dans le sud avec un bateau qui n'est pas en très bon état. ... Les dégâts sont trop importants, c'est sur une partie structurelle beaucoup trop fragile. Cette partie là demande un vrai découpage, une pompe à vide ... c'est une des pièces maîtresses du bateau. Les bras sont structurels, la structure a été détruite par un impact très violent. Il suffit d'une planche de bois dans de l'eau à 25 noeuds, 27 noeuds, l'impact est effrayant. Non là il n'est pas question, c'est impossible de réparer par les moyens du bord de façon cohérente. Le bateau ne permet pas tel qu'il est aujourd'hui d'aller dans le sud avec voilà. Ça va être un pilotage pas simple, on va bien réussir à se débrouiller. " - Odk

carte Oryx Cup

19/02/05

Geronimo KO mais pas OUT : d'après le règlement de l'Oryx, Geronimo est toujours en course.
1/ Un bateau peut suspendre sa course seulement dans un cas d’urgence pour réparer, modifier ou recevoir du matériel, ou bien pour être pris en remorque ou utiliser son propre système mécanique de propulsion.
2/ Un bateau qui s’est arrêté ne peut reprendre sa course qu’après 24 heures d’arrêt au minimum.
3/ Le bateau ne peut reprendre sa course qu’à partir d’une position située à même distance - ou plus loin - de la prochaine marque du parcours, en comparaison avec la position à laquelle il a bénéficié d’une assistance extérieure ou bien utilisé son moteur à propulsion.
4/ Dès que possible, le skipper doit faire un rapport complet au Jury International, à la fois avant l’interruption de la course et après.

Olivier de Kersauson n'a pas fait part de ses intentions.

19/02/05

Geronimo
Message de Capgemini et Schneider Electric : " Capgemini et Schneider Electric savent que dans toute compétition, il faut faire face à des épreuves que l'on peut percevoir comme "injustes". C'est dans ces situations que la valeur et le discernement des hommes ont toutes leur importance pour prendre les bonnes décisions. Tous sont certains du courage et de l'engagement d'Olivier de Kerrsauson, lui seul décidera s'il peut continuer la course tout en préservant la plus grande richesse de ce programme : les marins de Capgemini et de Schneider Electric. "

21/02/05

Liberation
Il est encore trop tôt pour parler d'abandon : " C'est alors qu'on commençait à entrer dans un combat passionnant avec Doha 2006, à qui nous venions de prendre plus de 100 milles en 30 heures, que nous avons découvert une grosse avarie sur le bras droit de liaison. Nous sortions d'une mer forte quand cette rupture de la peau de carbone nous est apparue, sur 30 cm. Nous avions encaissé un grand nombre de chocs dans cette descente au près de l'Indien mais, a priori, il s'agit d'un choc d'une terrible intensité. Une bille de bois ? Un arbre emporté par le tsunami ? Cette blessure est arrivée alors que nous étions très appuyés sur notre flotteur droit. On marchait vite, mais raisonnablement. On a fait immédiatement à notre jambe droite un pansement avec des tissus de carbone. Il ne faut surtout pas que nous la posions sur l'eau, elle ne résisterait pas très longtemps aux terribles efforts. Bien entendu on ne peut continuer la course avec un tel handicap : on court à la mort.

Nous voilà, alors que nous devrions toucher Perth demain, dans la situation du type qui s'aperçoit que son axe de roue a été scié et qu'il doit encore rouler toute la nuit jusqu'au prochain garage. Plus les heures passent, plus je penche pour une collision à très haute vitesse car les efforts dus à la torsion ne labourent pas le carbone ainsi. Si la plaie ne saigne plus d'ici Perth nous aurons une sacrée veine. C'est une longue opération chirurgicale qui nous attend là-bas. Il va falloir ouvrir la jambe. Ensuite il faudra la reconstruire. Combien de temps sur le billard ? Deux jours ? Plus ? Tout cela nous éloigne de la route et pourtant il est encore trop tôt pour parler d'abandon.

Ce n'est pas qu'un simple arrêt au stand. On sort du circuit et du coup, on s'écarte de la route de 500 milles. Ensuite il faudra rajouter ces mêmes 500 milles à faire dans l'autre sens avec cette fois-ci le vent de face. Evidemment, on peut toujours dire que c'est après la foire qu'on comptera les bouses ! Oui, mais quel sera le spectre de la course quand nous serons prêts à courir à nouveau ? Si les bateaux de tête possèdent 3 000 milles d'avance, alors ce sera foutu. Tout ce que je constate c'est que la météo les empêchait ces dernières heures de descendre dans le Sud et de plonger vers les 50es. Cela me fait dire que dans nos emmerdements on a finalement une petite chance.

Comme si cela ne suffisait pas, qui va être capable à Perth de nous guider à quai sans nous enfoncer la gueule ? Car faire accoster Geronimo, c'est comme faire atterrir le Concorde à l'aérodrome d'Alençon. On peut se poser, oui, mais dans quel état ? Je trouve une maigre consolation à ce qui nous arrive : une telle avarie entre la Nouvelle Zélande et le cap Horn nous aurait conduits aux enfers.

C'est rageant car on conduisait proprement. L'équipage exprimait toute sa compétence et sa puissance dans les manoeuvres et l'adversité que proposait Doha 2006 nous motivait. Nous voilà à présent douloureux et blessés.
" - OdK - source http://www.liberation.fr/

21/02/05
Paroles de marin : " On a tété obligé de réduire la toile pour pas arriver trop tôt à Perth. On pourra faire la manoeuvre que de nuit, il faut attendre que le vent thermique soit tombé. On est tout près, à 280 milles mais il faut attendre la nuit prochaine pour rentrer. (...) Il y a une équipe compétente qui nous attends là bas sur place avec un bateau pour nous remorquer et des zodiacs. La manoeuvre de port est assez compliquée dans la marina où on va. Il y a un quai de 40 mètres qui est libre, qu'on peut prendre et on sera vent de travers donc faut arriver avec des conditions de vent assez mou (...) On a rendez-vous à la nuit à la bouée d’atterrissage avec le remorqueur pour pouvoir profiter de l'accalmie nocturne pour faire la manoeuvre. (...) Louis Noel Viviès qui est sur place a été très bien aidé, très bien accueilli, là bas par tout le monde (...) Il y a une équipe lourde qui se mobilise pour nous permettre d'atterrir là bas dans des conditions saines. (...) On a fait une sorte de pansement en carbone dessus qui doit empêcher la fissure de s'agrandir mais le pansement cache la blessure. On essai de faire qu'il n'y ait aucun effort sur ce bras. (...) Il va falloir découper, ouvrir, assécher et décider d'un plan de drapage et de réparations. On fait aussi une auscultation comme on fait pour les grossesses. Cela permet de voir à l'intérieur de la structure si il y a des choses endommagées. On fait une sorte d'échographie du bras quoi. (...) Ça peut être fait à quai à condition d'être sur un quai où peut installer eau, électricité, chauffage, tout le tintouin. C'est une pièce qui est à l'arrêt à 1.5 m au dessus de l'eau. On peut isoler ça, on construit autour une sorte de petite tente bien scotchée dans laquelle on maintient une température qui permet de faire l'opération. (...) Cela dépendra du constat de l'avarie pure et de l'échographie et aussi des possibilités de drapage qu'on va avoir sur place qui ont l'air d'être bonnes. Jusqu'ici je peux pas répondre de façon technique tant qu'on a pas ouvert. (...) Une équipe comme ça en course qui est obligé d'aller réparer c'est jamais euphorique, c'est jamais drôle, c'est pas des bons moments surtout quand on voit les autres partir loin. (...) Le temps qu'on répare, nous on va se retrouver avec au moins 2500 milles de retard sur la flotte. Je sais pas, on va voir, nous on fait chaque chose en son temps. (...) Après on verra le temps que ça va durer, je peux pas présumer du temps de réparation avant qu'on ait commencé à ouvrir. " - OdK


Geronimo
Geronimo

22/02/05

Fremantle
L'équipage est en sécurité : Geronimo est arrivé à la Marina de Fremantle (Ouest de l'Australie) à 19 h 40 heure Française après avoir été pris en charge par un remorqueur et orienté par des zodiacs. Les travaux d'ouverture du bras ont immédiatement commencé. Le temps de l'analyse suivra avec une échographie qui permettra de déterminer l'étendue des dégât et de faire un diagnostic sur les travaux à exécuter pour remettre Geronimo en état.
Ce port qui a reçu la Coupe de l’America dispose de tous les moyens matériels pour réaliser les travaux. Le Fremantle Sailing Club s'est lui proposé pour accueillir l'équipage.

23/02/05

Fremantle
Paroles de marin : " On est tombé sur une équipe très très organisée sur le plan remorquage, assistance, mise à poste à quai. Il y avait au moins 20 personnes à s’occuper de la manœuvre du bateau. On est rentré comme si c’était à Brest. Sur le quai au milieu de la nuit il y avait déjà une équipe Suisse de réparation composite qui était prête à entamer le travail pour d’abord découvrir l’exacte nature des dégâts qui en fait sont beaucoup plus importants que l’apparence. Les deux peaux extérieures du bras sont fracturées, ce qui confirme d’abord un que c’est un impact avec un objet dur qui était sur la surface de l’eau et deuxièmement on a un programme de réparation très lourd.
On a eu beaucoup de chance de ramener le bateau en entier ici. On a réussi à revenir toujours appuyé sur le flotteur gauche.
Le flotteur tribord il fallait pas s’appuyer dessus du tout, c’était la destruction en 24 heures, ce qui signifie très rapidement la perte du bateau.
Au bout du quai où on est installé, il y a déjà une pompe à vide pour faire le travail, des systèmes de chauffe et tout ça. L’hôpital de campagne est installé au bout d’un ponton qui fait près de 150 m de long. Tout est prêt, le bateau peut-être entièrement réparé là où on est sans bouger.

C’est après un diagnostic total des dégâts qu’on a une idée du temps de réparation. Tout ce qu’on sait c’est qu’on a les moyens d’agir rapidement, voilà, ça c’est une certitude. L’armement Capgemini Schneider Electric a organisé de façon à ce que en fonction des dégâts qu’on découvrait on était à même de répondre rapidement. Après quel est le rapidement de reconstruction de cette partie de structure, là j’ai pas encore les donnés exactes.


Geronimo avarie

Faut rester sérieux, on n’est pas en train de discuter au bistrot ! Si j’avais continué avec le bateau tel qu’il est aujourd’hui on serait cassé et en détresse totale ! Donc faut bien poser les choses comme elles sont : aujourd’hui on est avec un bateau avec une avarie lourde, arrêté à Perth. Cette avarie lourde est sous contrôle, on a fait l’exploration et on se rend compte qu’on a les moyens de réparer ! Le reste je veux pas me prononcer sur rien du tout à l’heure qu’il est !

Je ferai ce qui est faisable, je pense que tout est faisable !
Mais tout n’est pas faisable n’importe comment dans n’importe quel délai. Il n’est pas question de repartir avec un bateau qui soit pas parfaitement en état pour aller affronter les mers du sud. Il faut voir step by step l’évolution de cet arrêt.
On s’est arrêté pour quelque chose de grave et on a découvert quelque chose de très grave.
...
La vie est ainsi faite, souvent vous avez des pépins très lourds ... et dans l'extraordinaire complexité de notre système on a une chance folle que ça se soit passé avant le grand sud où on aurait pu réparer nulle part et qu'on puisse faire route directe sans détruire le bateau jusqu'à Perth. Imaginez, c'est grave comme une attaque cardiaque et on a la chance que ça se passe a 2.5 m de l'hopital Américain." - OdK

23/02/05

Carbone composite
Nouvelles du front : mon "envoyé spécial" à Fremantle vient de me téléphoner pour donner les dernières news de la marina du Fremantle Sailing Club. Il a pu s'approcher du trimaran et de l'équipage. Les réparations sont en cours sur Geronimo et avancent très rapidement. L'ambiance est très bonne là bas, il ne signale aucune tension ni aucun découragement. Seul Olivier de Kersauson n'est pas très disponible, mais cela se comprend. Le départ pourrait être beaucoup plus rapide que ce que l'on pouvait craindre, peut-être dans la journée. Merci à Dédé pour ces infos et puis aussi à Skype ... ;-))

24/02/05

Olivier de Kersauson
Paroles de marin : " On va reprendre une position qui est catastrophique étant donné que le reste de la flotte aura sur nous une avance qui va de près 3000 milles à 1500 milles.
L’équipage réagit plutôt bien, il a beaucoup travaillé à préparer le bateau et cet accident est quelque chose de très mortifiant et très blessant humainement parlant. En même temps si on s’arrête à ça, ben il ne faut pas faire ce métier, y’a plus l’envie d’aller en mer que de désespérer sur le quai à Fremantle.

Quand on sera à l’eau on sera sûrement le bateau le plus en état de la flotte.
quel atout réel ça nous donne vis à vis d’une flotte qui a déjà été pas mal éprouvée météorologiquement depuis le départ de Doha ?
Il faut qu’on parte soit après la tombée de la nuit, soit au moment du lever du jour.

On repart à 11
(Antoine Deru est rapatrié pour blessure au genou), comme il faut être 5 hommes par quart Didier va reprendre le quart qu’il avait avant. On va courir comme on faisait avant, deux quarts de cinq et moi hors quart. Le plus tôt on part, mieux c’est pour nous, c’est évident. " - OdK

24/02/05

Geronimo a quitté la marina de Fremantle à 23 h 30 (heure Française)

25/02/05

Olivier de Kersauson
Paroles de marin : " … On va en plus continuer à avaler des grenouilles d’un mètre quatre vingt. Dans une vingtaine d’heure on devrait récupérer des vents corrects de nord qui nous permettraient faire la route directe. Mais pour l’instant la progression sur la route directe est nulle. C’est comme si on était arrêté sauf qu’on est en train de se recaler sud pour prendre le passage. On fait une route qui est longue et qui est pas rentable du tout. Le reste de la flotte continue à avancer, nous c’est comme si on était immobiles. La course poursuite, ça faut pas trop rêver, on accumule tellement de retard. Dans la journée d’aujourd’hui sur les concurrents on a encore perdu 400 milles. On fait pas la route, nous on fait des zigs-zags. … Enfin si c’était facile, tout le monde le ferait. ...
On n’en a jamais douté
(de la fidélité de nos partenaires), mais les choses vont mieux en le disant. ... C’est dans cinq jours qu’on verra si on a une chance de faire quelque chose. Pour l’instant on continue à déguster. C’est très cher comme réparation ! " - OdK

26/02/05

Océanie assistance : Geronimo a enfin stabilisé sa route vers le sud-est et il est maintenant possible de chiffrer le coût du dépannage : l'écart maximum enregistré avec Doha 2006 aura été de 2981 milles. Comme le dit Olivier, " C’est très cher comme réparation !. "

27/02/05

C koi c'délir ? : j'ai pas l'habitude de livrer ma vie privée sur le net mais là y'a un truc : hier je lâche le pc à 23 h, cool cool, Geronimo compte 2981 milles de retard. C'est pas grave, on s'attendait au pire. Je reviens ce matin à 11 h pour consulter la carte et je vois quoi ? Et bien le retard n'est plus que de 2231 milles. C'est incroyable ! 750 milles en 12 heures !!! Peyron doit être vert de rage, cela monterait le record des 24 heures à 1500 milles ? C'est un peu beaucoup, même en bordant bien la grand-voile. Alors c koi ce truc ? Trois solutions : Un, Geronimo a repris le moteur - deux, le satellite tire des bords en sens contraire - trois, les infos de l'oryx sont nases.
Bon, j'ai compris, le site indique que Doha 2006 aurait 6901 mille de retard ... C'est promis j'arrête le cidre. Merci Tracy pour ce court instant de bonheur. " - FL

28/02/05

Liberation
Tout est possible. Y compris le pire. Et pourquoi pas le meilleur ? : " Courir peut sembler aujourd'hui dérisoire quand les premiers possèdent 3 000 milles d'avance. J'ai la faiblesse de croire qu'il n'est jamais dérisoire de s'appliquer. Comme d'aller au bout de ses idées. Spontanément, alors que j'étais abattu, les hommes ont affirmé qu'il fallait repartir pour ce bateau et pour la beauté notre métier, pour lequel chacun, ici, a toujours donné le meilleur de lui-même. J'entends, bien sûr, ce qu'on va m'opposer : mais essayer quoi ? Evidemment, il y a des heures où tout cela n'a pas de sens. Nous ne pourrons jamais corriger la copie salopée par la casse. Dire que le destin nous fait prisonniers ne me console pas. Mais les hommes savent aussi que la mer est pleine de surprises : on peut se rapprocher. Un peu. Ou tomber dans des systèmes météo qui vont encore plus nous éloigner de la tête de la flotte. Tout est possible. Y compris le pire. Et pourquoi pas le meilleur ? Car ce bateau vit pour courir. Notre boulot, c'est d'essayer d'être nous-mêmes malgré les emmerdements et cette foutue loi des probabilités qui nous accable. Quand on regarde les avances colossales de nos rivaux, que nous reste-t-il ? Entendu, c'est un crève-coeur de se faire expulser de la course sur casse, pourtant il convient de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Dans notre misère, on a sauvé le genou d'un équipier.
Antoine boitait depuis quelques jours. La radio a décelé une fracture de la rotule. Il aurait été vraiment amoché si nous avions continué. C'est parce que nous avons réparé un bateau qui souffrait de la patte droite qu'on a découvert que l'un des nôtres s'était fracturé la rotule. C'est un peu l'histoire du type qui est frappé d'une l'attaque cardiaque en face de l'hôpital. Faut-il se plaindre d'avoir été frappé par l'infarctus ou alors se réjouir de la proximité de l'hôpital ? Je savais qu'Antoine était un peu mal en point. Je reconnais là une sorte de tradition un peu stupide qui consiste, à bord, à ne rien dire de la douleur. Nous voilà donc un de moins. J'aimerais rendre grâce à Louis-Noël Viviès, responsable de l'armement de Geronimo, qui, aidé par une épatante équipe australo-suisse, a coordonné les réparations. Tout a été fait avec un sérieux qui m'a bluffé. J'ai rarement vu une telle générosité et un tel enthousiasme. La façon dont le yacht-club de Fremantle nous a accueillis m'a touché profondément. Ces mecs ont travaillé avec beaucoup de maturité, de sérieux et d'efficacité. C'était très réconfortant de voir ces hommes au travail soigner ce bras salement touché. Vu l'ampleur des dégâts, nous avons eu une chance folle de pouvoir ramener le bateau. Aujourd'hui, nous voilà en mer, pleins de chagrin. Nous sommes comme une meute à qui on a retiré son os. On revient dans le match dans lequel l'adversaire a quitté le ring. On reste les bras ballants, encore meurtris par les coups, et il nous est impossible de les rendre. L'équipage, qui n'est dupe de rien, sait bien qu'il n'y a plus de carotte. Pourtant, il fait son métier avec tellement d'amour pour ce bateau que j'en viens à me demander si un bon équipage n'est pas celui qui court sans carotte.
" - OdK - source http://www.liberation.fr/

01/03/05

Paroles de marin : " C’est agaçant !On verra bien mais tout ça est un peu triste voyez vous !!! " - OdK

01/03/05

La poisse : L'équipage a constaté un début de délaminage sur le bras de liaison avant. Il ne s'agirait pas de la partie réparée à Fremantle. Le trimaran est à la recherche d'une zone calme à l'est de la Tasmanie pour faire un diagnostic et prendre une décision sur la poursuite ou non de la compétition, qui n'avait en fait plus beaucoup d'intérêt depuis l'avarie.

02/03/05

Olivier de Kersauson : " La sécurité des hommes passe avant tout le reste on remonte sur Sydney les visages à bord sont graves et défaits. "

Olivier de Kersauson

02/03/05

Paroles de terrienne : " Une pensée pour un grand Cap'tain et son valeureux équipage : la vie nous amène souvent à prendre des décisions que l'on aurait souhaité contraires, c'est surement ce qu'a pensé Geronimo l'Apache le jour où il s'est rendu, le jour où il a dit, la tête haute, à cet officier de l'armée americaine : "Autrefois j'allais comme le vent, aujourd'hui je me rends c'est tout"... Avait-il le choix ? Bien sur que non, c'était ça ou le massacre de tout son peuple ... Toutes les rédditions sont le reflet de l'intelligence et de la sagesse d'un homme. " - Kaya