Trophée Jules Verne 2004
Tentative d'Olivier de Kersauson / Geronimo : de Ouessant au sud des Canaries

08/02/04
 
 
Communiqué du team Geronimo : aujourd'hui, le trimaran français est paré pour relever à nouveau le défi. Les conditions météo annoncées pour les 48 heures à venir rendraient possible un départ dans la soirée.
Le trimaran quittera alors le ponton du port militaire en milieu d'après-midi pour aller se positionner au large de Ouessant.
Une décision définitive sera prise dans la soirée.


08/02/04
 
 
Geronimo a franchi la ligne de départ du Trophée Jules Verne à 20 h 21 m et 22 s GMT !
Les onze braves devront la recouper avant le 13 avril à 4 h 57 m 46 s GMT pour remporter le challenge. Les conditions sont considérées comme raisonnables avec moins de 15 noeuds de vent au départ. Geronimo devra traverser le Golfe de Gascogne en bordure d'un système d'engrenage d'anticyclones qui devraient emener le trimaran jusqu'aux Alizés.
Cette tentative de Trophée Jules Verne est la 7ème pour Olivier de Kersauson qui compte à son actif 5 tours du monde achevés en qualité de skipper et 2 en qualité d'équipier d'Eric Tabarly. L'équipage totalise 18 tours du monde à bord de multicoques.
Il y a 3 "petits nouveaux" à bord : Philipe Laot, Armand Coursaudon et Xavier Briaud.
Souhaitons à tout l'équipage bon vent, un peu d'audace et beaucoup de prudence !!!

09/02/04
JOUR 1
Geronimo se fache : lancé à la conquête du trophée Jules Verne le trimaran a pratiquement avalé le Golfede Gascogne, en à peine quinze heures. Depuis le départ la capacité de vitesse du trimaran dans les petits airs a toujours dépassé la vitesse du vent réel avec des pointes à 30 noeuds sur une mer plate et sous 1000 m2 de toile. Olivier de Kersauson reste cependant prudent : "C’est d’abord une tentative de départ. Si on arrive à prendre les alizés dans des temps décents, on continue. Sinon on rentre, on a rien à perdre."
Position à 20 h 21 GMT : lat 42°42 N long 12°20 W - 462 miles parcourus - moyenne 19,25 noeuds.

10/02/04
JOUR 2
Cap à l'Ouest : Geronimo est au près (vent de face) pour rejoindre le flanc Est de l'anticyclone qui arrive sur les Açores afin de profiter des vents de Nord. Plus de route mais moins d'efforts pour atteindre l'Equateur. "Le bateau va vite, va bien, on a une bonne glisse malgré une mer traversière. Le vrai problème est qu'est-ce qui va se passer dans les prochaines 10 heures, dans les prochaines 48 heures. La bulle au large des Canaries est de grande taille, cela fait beaucoup de chemin en plus, c'est risqué." Les alizés pourraient faiblir dans les prochain jours et laisser le Pot au Noir se reformer.
Position à 20 h 21 GMT : lat 37°01 N long 16°33 W - 393 miles parcourus - moyenne 16,36 noeuds.
 
 
11/02/04
JOUR 3
La bulle : Geronimo tente de ne pas se laisser enfermer entre deux anticyclones qui vont former une immense bulle molle des Açores à la Suède jusqu'à samedi. Il faut passer à tout prix!
Position à 20 h 20 GMT : lat 32°41 N long 21°54 W - 370 miles parcourus - moyenne 15,44 noeuds.

12/02/04
JOUR 4
Kersauson joue à quitte ou double : l'option Ouest à 80 ° de la route directe semble payante. Geronimo a accroché le train des Alizés de nord-est avec des accélérations à 27/28 noeuds sous 900 m2 de toile. Si cette situation perdure et que le Pot au Noir confirme son tassement à l'Est, le temps d'Orange à l'Equateur pourrait être accessible : "On devrait être à l'Equateur dans pas trop longtemps. Faire le même temps qu’Orange serait déjà satisfaisant, vu la qualité de la fenêtre que l’on a prise."
Position à 20 h 21 GMT : lat 24°10 N long 24°01 W - 523 miles parcourus - moyenne 21,79 noeuds.

13/02/04
JOUR 5
Abandon de Geronimo sur incidents techniques : deux des trois gennakers ont rendu l'âme. Cette voile, intermédiaire entre le génois et le spinnaker, est utilisée par vents légers à moyens. Elle est indispensable pour continuer un tour du monde dans de bonnes conditions.
Extraits de la vacation radio :
"Nous sommes dans les temps pour remonter, on n’est pas loin. On est à 6/7 jours de route de Brest, on a le temps de retourner à la voilerie pour remettre les problèmes à plat.
Vraisemblablement, on va trouver une solution à ce problème mécanique, complètement imprévisible, ça nous laisse le temps de revenir dans des délais relativement rapides
En confectionnant les pièces différemment et les montages aussi, ça devrait permettre d’éviter ces cisaillements et ces ruptures. Je pense que le problème pourrait être réglé en 2 ou 3 jours et après refaire route.

Je pensais faire demi-tour sur des conditions météo défavorables, si c’était mauvais on rebroussait chemin. La météo n’était pas terrible mais on s’est bien amusés car on est passé par des trous de souris, on a fait du joli bateau. On a même repris au bateau américain 30 heures en moins de 4 jours de navigation. Ça nous donne une idée précise du potentiel de Geronimo.
C’est tout le problème des voiles neuves, on ne tire pas trop dessus à l’entraînement pour qu’elles le restent, et là paradoxalement, nous n’avons pas trop tiré dessus et ça a cassé ! Ça ne sert à rien de se plaindre, tout ça c’est du passé.
L’actuel de Geronimo, c’est maintenant de remonter à Brest, de passer à la voilerie, de remettre ça propre et de recouper la ligne de départ. Ça va se régler.
Ça ne sert à rien d’épiloguer, on se retrouvera bientôt dans une nouvelle descente de l’Atlantique, sauf si le destin nous met 40 baleines en travers de notre route ou 60 calamars géants
L’équipage de Geronimo est formidable, en manœuvre, quand il a fallu récupérer la toile déchirée, ce n’est jamais simple, les manœuvres ont été impeccables. Pas un seul morceau de tissu n’est tombé dans l’eau. Tout était nickel. Nous sommes, avec l’équipage, exaspérés et très content à la fois de cette navigation.
Lorsque j’ai annoncé que nous faisions demi-tour, je n’avais pas besoin de le dire, ils avaient tous bien compris qu’avec cette casse mécanique, on ne pouvait pas continuer après seulement 4 jours de mer depuis le départ. Et continuer un tour du monde en ayant en soute 400 kg de voile qui ne servent plus à rien et qui ne sont plus utilisables, et un gennaker qui risque, pour les mêmes raisons, de se déchirer comme les deux autres. C’est un problème de tissu, il ne faut pas jouer avec ça ..."

16/02/04
Extrait de l'interview d'Odk réalisée par Libération :
"On commençait à toucher des lumières de printemps. Nous étions au large des Canaries. C'était mai au mois de février. C'est une chose rare de voler un mois qui ne nous appartient pas. C'était une descente délicieuse et, même si nous sommes habités par la performance, on ne se lasse jamais de ces plaisirs secondaires. C'est le privilège de notre curieux métier. Est-ce un bonheur collatéral ? Ça y ressemble."

20/02/04
Geronimo est arrivé à 16h30 cet après-midi à Brest : dès son accostage, les gennakers endommagés ont été débarqués et acheminés vers la voilerie Incidences de Brest afin d'être réparés. Tout est mis en oeuvre pour que les modifications nécessaires soient apportées dans les plus brefs délais. Les conditions météo permettent d'envisager un nouveau départ dans les prochains jours.

Olivier de Kersauson à son retour à Brest vendredi 20 février 2004 à 16 h 30
photos Yannick Le Bris


21/02/04
 
 
OdK : « Quand on est sensible à la déception, il ne vaut mieux pas faire ce métier »
Geronimo a peiné pour rentrer à Brest sous voilure réduite (deux, voire trois ris et trinquette). « On a la tête dans le guidon pour le moment. En plus, on a eu des conditions éprouvantes pour remonter vers Brest. Du 40 noeuds sur le pont en pleine poire ».
Olivier de Kersauson ne comprend toujours pas ce qui a pu causer la dégradation des gennakers et du solent : « C'est une série de voiles neuves qui a lâché. Il s'agit probablement d'un problème de montage des panneaux. Tout cela est anormal car les voiles ont cédé dans des conditions maniables, voire douces ». A Brest, 18 personnes sont mobilisées tout le week-end pour la remise en état.
Bertrand Cudennec, patron de la voilerie, ne se risque à expliquer quoi que ce soit. L'important est de savoir si elles sont réparables, et si oui dans quel délai : « Pour ce qui est des médium, je pense que sous 36 heures c'est jouable. » Le problème réside davantage sur l'autre type de gennaker, conçu à partir de matériaux spécifiques et difficiles à se procurer sous huitaine : « S'il n'y a pas la possibilité de rapiécer les parties déchirées avec du Cuben fiber, il faudra tout simplement se résoudre à changer de voile. » Une alternative de dernier ressort, mais déjà envisagée afin de permettre à Geronimo un départ rapide.

23/02/04
Geronimo est en standby : les voiles ont été réparées et modifiées en un temps record. Le gréement, la structure et la carène du trimaran ont été vérifiés, aucune anomalie importante n'a été décelée. Le team de Geronimo déclare que le départ est imminent ...