Trophée Jules Verne 2002
Tentative d'Olivier de Kersauson / Geronimo : de Ouessant à l'Atlantique sud

Premier chapitre du livre des Grands Records, le Trophée Jules Verne est sans aucun doute le plus difficile à battre.
Géronimo à franchi la ligne de départ entre l'île de Ouessant et le cap Lizard le 18 février 2002 à 2 heures, 25 minutes, et 16 secondes (heure locale d'hiver), mettant cap au sud via le Golf de Gascogne avec une météo jugée particulièrement favorable.
 
EQUIPAGE

Skipper
Olivier de KERSAUSON


2 Chefs de quart
Didier RAGOT
Yves POUILLAUDE


8 Equipiers
Yann PERFORMIS
Marc VAN PETEGHEM
Gilles OLLIERS
Christophe CUDENNEC
Bertrand CUDENNEC
Hervé DEVAUX
Philippe CAHUE
Vincent LAURIOT - PREVOST
Olivier de Kersauson

Olivier de Kersauson
 
Après un départ proche de la chevauchée fantastique (2151 milles en 4 jours), Géronimo à été victime d'un grand manque de vent pendant les 5 jours suivants (938 milles en 5 jours et 7 heures !!!). Le fameux Pot au Noir est resté fidèle à sa réputation : le passage de l'Equateur se mérite ... Geronimo s'est engagé dans l'hémisphère Sud avec une bonne brise de 15 noeuds, qui devait lui permettre de s'extraire rapidement de la pétole ...
Abandon le 1er mars 2002 à la suite d'une avarie sur le safran ...
 
 
l'objet: copie d'un mail adressé aux membres de la famille d'O de KERSAUSON
la date: Mon, 18 Mar 2002 18:52:37 +0100
De: "Vincent de KERVILER" <xxxxxxx@xxxxxxxx.fr>
à: <xxxxxxx@xxxxxxxx.fr>


Chers tous,
J'ai eu ce jour au téléphone Olivier sur Geronimo. Ces quelques nouvelles pourront éventuellement éclairer la lanterne de ceux qui s'intéressent à son périple.

Il est arrivé hier après midi à brest après avoir passé 24 heures sous trinquette seul par 45 noeuds de vent, Geronimo marchant sans problème à 27 noeuds.

Olivier est rentré car le safran de Geronimo décroche brutalement et se met à vibrer fortement dès que la vitesse dépasse 20 noeuds, mais dans certaines conditions seulement.

Dans ces conditions pourtant soutenues, pas de problème apparent coté safran. En fait, lorsque le bateau subit des mouvements divers en raison de l'état de la mer, les forces qui s'exercent sur le safran qui est profond de trois mètres varient en intensité et en direction et tout va bien. Il n'y a pas décrochage ou cavitation.

Les décrochages semblent en fait se produire lorsque le bateau dépasse les 20 noeuds dans des conditions d'appui stable.

Ainsi, plusieurs fois, le safran a décroché alors que GERONIMO marchait à 120° du vent tout dessus à plus de 23 noeuds. Ils ont alors ressenti le même type de vibrations sourdes qui surviennent lorsque l'on fait tourner un moteur embrayé sur une hélice qui a perdu une pale.

Olivier a estimé qu'il ne pouvait prendre le risque de continuer sans savoir ce qui se passe. Il dispose d'une petite fenêtre au fond de la coque qui lui permet de voir l'attaque du safran.

Tout ce qu'il a pu voir semble normal.

La seule chose qu'il a pu déceler est une petite souplesse latérale de quelques 20 cm en bas, mais pour un safran de 3m, même en carbone, cela semble raisonnable.

Le safran est compensé à plus de 15%, ce qui peut aussi avoir un effet non négligeable sur la torsion.

Pour l'instant, Olivier prévoit de mettre à terre, de passer le safran à l'échographie pour déceler d'éventuels points de faiblesse et d'engager avec les architectes un processus d'analyse et de tests poussés sur les profils.

Cela prendra du temps et il ne veut prendre le risque de se retrouver dans le grand sud avec un bateau incontrôlable dans les départs au surf entre 30 et 40 noeuds. En ce qui concerne le trophée, il considère comme dangereux de repartir trop tard en fin d'été austral et que sauf réparation évidente menée rapidement, c'est remis à l'année prochaine. Si quiconque a des idées brillantes qui pourraient résoudre le problème faites le moi savoir

V. de KERVILER


NOTE du WEBMESTRE : Vincent de KERVILER est un ancien compagnon d'Olivier de KERSAUSON qui fut rien de moins que chef de quart sur Kriter ll. Merci à lui pour ces informations.
 
Dépêche de l'agence REUTERS du vendredi 1er mars 2002 à 17 h 41 :

Olivier de Kersauson n'a pas voulu courir de risque par Isabelle Musy

Olivier de Kersauson, sur son trimaran Géronimo, a été contraint vendredi de faire demi-tour et de renoncer à sa tentative de record du Trophée Jules Verne (autour du monde en équipage et sans escale) en raison d'un problème au niveau du gouvernail.

Le navigateur breton estime qu'il aurait été trop dangereux de continuer ce tour du monde dans ces conditions. "Nous avons un phénomène de ventilation sur le safran (gouvernail) qui engendre des vibrations destructrices. C'est comme si on y allait au marteau piqueur", a expliqué le skipper du plus grand trimaran du monde. "Souvent, la barre se bloque. Ce qui nous empêche de continuer notre route. C'est comme si le pilote d'une voiture de course ne pouvait plus tourner le volant. C'est dangereux !", a-t-il ajouté.

Ne pouvant ni diagnostiquer, ni réparer en mer, Olivier de Kersauson a donc décidé de rentrer à Brest, port d'attache de Géronimo, afin de déterminer la cause de cette avarie et essayer de la réparer.

"Nous n'avons pas d'idée précise sur la cause, mais en revanche, nous avons une idée précise des conséquences et de la dégradation du système de barre qui est en train de s'opérer. Entrer comme ça dans la zone des 40e rugissants serait, maritimement parlant, une insanité totale !",

Afin d'éviter d'amplifier les dégâts, Kersauson a décidé de rentrer à vitesse réduite. "Nous avons quelque 5.000 milles à parcourir sachant que nous ne pourrons pas faire route directe. Je ne sais pas combien de temps cela va prendre, 12,13 ou 14 jours. De toute façon, le problème n'est pas de savoir quand nous arriverons, mais d'avoir la certitude d'arriver jusqu'à Brest sans que le système ne s'arrach", a encore précisé Olivier de Kersauson, visiblement très déçu de ce coup du sort.

L'actuel détenteur du Trophée Jules-Verne avait largué les amarres lundi 18 février pour tenter de battre le temps de référence qui est toujours, depuis 1997, de 71 jours 14 heures 22 minutes huit secondes.