Trophée Jules Verne 2004
 
Record d'Olivier de Kersauson / Geronimo ( page 2 / 2 )
 

30/03/04
JOUR 34
 
 
Olivier de Kersauson a déclaré hier ne plus être dans une logique de course mais de survie. Sans être alarmantes, les nouvelles ne sont pas réjouissantes. Au delà des mots, il faut savoir entendre le désespoir de ces marins partagés entre leurs obligations et la souffrance qu'ils vivent à chaque seconde.
« Les voiliers ont toujours exercé une véritable fascination sur les humains. C'est formidable quand quelqu'un réalise son rêve et parvient à le faire partager avec d'autres. Ces autres, à leur tour, rêvent son rêve. Moi, ma satisfaction réelle est de ramener mes matelots et mon navire à bon port. » Olivier de Kersauson - 1994
Position à 23 h 18 TU : 50°20 S / 157°09 W - 461,68 mn - moyenne 19,24 noeuds.
Distance au Cap Horn : 3017 milles.


31/03/04
JOUR 35
 
 
Geronimo se risque à nouveau vers le " bénitier des mille diables " : La position de ce matin à 5 h 9 TU situait le trimaran par 51°08 S et 154°22 W avec un cap à l'est - sud-est et une vitesse instantanée de 20,4 noeuds sur le fond. Le trimaran tente de coutourner une dépression en plongeant vers le sud, à la recherche de vents sud - sud-est pour se faufiler dans un étroit couloir en direction du cap Horn.
Extraits de la vacation du jour « C'est moins violent, heureusement sinon on ne serait pas redescendus. Moi je ne redescendais pas dans cette mer là, la mer à laquelle on avait échappé, on redescendait pas dedans. C'est impraticable, c'est cabossé de tous les cotés. Les multicoques sont des bateaux de glisse, pas des bateaux faits pour forcer. On force jamais la mer, on passe à coté, on dévie, on déroule. On est toujours avec une mer de sud qui est agressive, moins qu'elle ne l'a été, heureusement, sinon on serait déjà remontés, on serait partis. On essaie de passer par le sud pour aller rejoindre des latitudes très sud où on serait peut-être dans des conditions de mer plus navigables. ... En ce moment, c’est pas dangereux, ça n’est qu’emmerdant. L’autre jour, c’était dangereux, cette mer de sud excessivement agressive et forte, est dangereuse. Nous on est de travers à la mer, c'est ça le problème. Si on est en glisse on va très bien. Vous pouvez être en glisse avec une montagne d'eau derrière. Mais de travers, c'est toujours compliqué. »
Olivier est conscient que l'avance actuelle ne peut que diminuer mais il a retrouvé le sens de l'humour et c'est rassurant : « Y'a des moments on aimerait bien faire un petit break. Un petit break avec des parasols. Le fantasme du bord aujourd'hui, c'est le parasol ... Souhaitez nous de la mer plate, de la mer rangée, des vents corrects et n'oubliez pas le parasol, c'est l'élément indispensable de l'élégance nautique. »
Nous devons nous incliner avec beaucoup d'humilité devant le courage et l'abnégation des onze forçats du " bénitier des mille diables ". Peu importe le résultat de ce "joli voyage", ils méritent le respect de tous.
Position estimée à 23 h 18 TU : 51°37 S / 144°20 W - 489,63 mn - moyenne 20,4 noeuds.
Distance au Cap Horn : 2600 milles.


01/04/04
JOUR 36
 
 
Fatigue et lassitude, suite de la vacation : « Il y a fatigue et lassitude aussi. D'habitude c'est un plaisir de monter au quart, d'aller faire de la vitesse, de la glisse, d'aller faire du bateau. Aujourd'hui c'est pas un plaisir, parce que c'est complexe. C'est quasiment impossible de réussir à faire marcher le bateau dans les mers qu'on a actuellement. ... A mon avis, les deux jours et demi (d'avance) on va les perdre ces jours ci, parce qu'on avance pas vite. On peut pas avancer vite donc on va les perdre. »
À 17 h 17 TU, Geronimo était positionné par 53°52 S et 135°54 W poursuivant ainsi son recalage vers le sud, comme annoncé hier par Olivier.
Position estimée à 23 h 17 TU : 54°50 S / 132°32 W - 465 mn - moyenne 19,37 noeuds.
Distance au Cap Horn : 2140 milles.

02/04/04
JOUR 37
 
 
On a signé, il faut aller jusqu'au bout. Extraits de la vacation : « En ce moment, on a entre 45, 50, 55 (noeuds de vent) et la mer qui se forme, voilà c'est bien hostile quand même. On peut pas descendre avec ces vents là, on arrive à maintenir à peu près la latitude, mais c'est tout. On avance, heureusement ... si en plus ... (rires) ... si en plus on avançait pas là dedans, il n'y aurait plus qu'à se flinguer. Ça on avance, heureusement. Là on est grand voile, trois ris et phoque de tempête, d'ailleurs qu'on porte de plus en plus, on l'a porté un pacson. Là j'ai 58 noeuds de vent là. On l'a beaucoup porté depuis quelques temps, voyez-vous. On aurait mieux fait de pas y aller, enfin, on y est, on y est. On a signé, il faut aller jusqu'au bout. Ça devrait calmir un peu demain. J'ai jamais vu un sud pareil moi, je l'ai jamais vu. Si j'avais vu un sud pareil, j'serais pas retourné. ... Là j'étais couché par terre en ciré, j'ai pas le temps d'aller à la bannette. ... On a notre dose, moi j'ai hâte que ça s'arrête, je ne suis pas le seul. Nous on n'est même plus en Trophée ni en course, là c'est de la survie depuis huit jours maintenant. ... Un beau jour on va tourner à gauche, on va retrouver le soleil ... la plage. Il est temps de s'en aller. ... Ça va bien, on est dans l'effort, dans la souffrance parce que ce rythme là est dur, il y a des moments où ça cartonne vraiment, mais d'un autre coté on n'est pas en danger en ce moment. ... On a hâte que ça se termine quoi , on regarde même plus les trajets les routes les Trophées tout ça, on n'est plus là dedans. On est à comment on va se sortir de ce guêpier, et remonter dans le nord. Après on regardera qui fait quoi, qu'est ce qu'on peut faire. On fait pas du bateau, on fait un convoyage violent. Etre sous trois ris, phoque de tempête pendant presque une semaine, ça n'a aucun intérêt. Ça manque de finesse, voyez-vous, cela manque de délicatesse. »
Le point de 12 h 17 TU (55°36 S 124°26 W) montre que le trimaran ne progresse plus vers le sud et fait maintenant un cap pratiquement plein est, avec le Cap Horn droit devant ... puis le soleil, la plage ...
Position à 23 h 17 TU : 53°30 S / 118°05 W - 496 mn - moyenne 20,7 noeuds.
Distance au Cap Horn : 1677 milles.


03/04/04
JOUR 38
 
 
Nous autres terriens, ne pouvons imaginer ce que représente de naviguer au milieu d'une tempête. C'est l'une des rares situations qui dépassent l'entendement humain. Yannick Le Bris (photos-de-navires.com) m'a envoyé ce document unique, pris en 1990 depuis l'aviso Amyot d'Inville, en difficulté au large de Terre Neuve. Je l'en remercie. Photo grand format
Position de Geronimo à 5 h 17 TU : 55°56 S / 114°37 W - grand-voile trois ris et foc de tempête - 25 noeuds de vent - vitesse instantannée : 19,3 noeuds - cap au 115 (sud - sud-est)
Position à 17 h 17 TU : 56°50 S 108°31 W.
Le passage du Cap Horn est prévu pour le début de semaine. Il s'annonce très difficile avec deux dépressions en embuscade à quelques heures d'intervalle. Les galériens des 50èmes ne sont pas tirés d'affaire, le timing sera très serré.
Position à 23 h 17 TU : 57°01 S / 105°02 W - 443,60 mn - moyenne 18,48 noeuds.
Distance au Cap Horn : 1236 milles.

04/04/04
JOUR 39
 
 
Le Jules Verne ne s'achète pas ... En cette veille de fête mondiale, il me faut rédiger un message de félicitations à wonder Stevie. Je dedoutais cet instant, mais nous y voilà. Pour éviter les mails des frustrés, je suis le premier à le féliciter. Pourquoi la veille me direz vous ? Parce que le lundi y'a le carnet de Libération, la vacation et que je n'ai pas de place libre, même pour un record !!! Je propose 3 versions au choix de chacun (un seul choix possible) :
- message laconique : Super !
- message réaliste : Fossett a battu le record, c'est bien, mais je m'en fout !
- message optimiste : Le record du tour du monde ne demande qu'à être battu !
Ouf, c'est fait ... Comme quoi, si l'argent ne fait pas le bonheur, cela arrange bien.
Au fait, parlons donc un peu argent : Titouan Lamazou révèle dans Libération que Fossett est en contact depuis une semaine avec l'association "Tour du Monde en 80 jours" pour essayer de trouver un accord financier afin de décrocher le label "Trophée Jules Verne" à la dernière minute ! " Vouloir payer à une semaine de l'arrivée, c'est manquer d'élégance par rapport aux anciens ... " Si les candidats au record attendent d'être en mesure de le battre pour payer, plus personne ne s'inscrira avant de s'élancer. Finalement l'argent ne fait pas tout, conclusion de l'article : Aujourd'hui, Cheyenne va aussi entrer dans l'histoire. Ensuite, il sera vendu et son propriétaire repartira vers d'autres cieux. Car Fossett, tout grand aventurier qu'il est, n'a pas la culture maritime. C'est pour ça que les autres navigateurs ne le considéreront jamais comme l'un des leurs.
Pour mémoire, le milliardaire avait déclaré avant sont départ : " le Trophée Jules Verne n'est pas un record mais seulement une récompense. "
Ralentissement sensible pour Geronimo contraint de naviguer au près sur une latitude très basse pour limiter les effets d'une dépression située au nord.
« En météo, le pire n'est jamais certain. » (OdK)
Position à 23 h 17 TU : 58°40 S / 93°23 W - 385,15 mn - moyenne 16,05 noeuds.
Distance au Cap Horn : 855 milles.



05/04/04
JOUR 40
 
 
Extraits de la vacation de 13 h : « Y'a rien de bon, y'a rien de bon [...] la réalité c'est que aujourd'hui mieux vaut être n'importe où ailleurs que sur Geronimo, n'importe où ailleurs. [...] J'ai pas envie de parler de ça, de ce qui se passe. »
Carnet de Libération : « Jamais vu un truc pareil. Dix jours de survie. Est-ce cela la navigation ? Si oui, alors je veux bien arrêter tout de suite. En regardant la tête des hommes je me disais en moi-même, c'est pourtant vrai putain qu'on va tous crever. On va y rester, c'est sûr. Mais c'est pour quand ? Là, tout de suite ? Ou alors à la prochaine lame ? J'ai bien failli décrocher de la course à deux reprises. Si on continue ainsi on va finir par tous se tuer que je me disais. Pour autant je n'ai jamais abandonné l'idée qu'on devait échapper à ce cauchemar. Dix jours à naviguer avec cette barre dans le ventre. [...] Mais dans quel bordel sommes-nous ? Dans la nuit, 27 noeuds, travers à la lame : c'est un jeu de cons. J'en ris parfois. Dans notre malheur, une chance : on a la pleine lune. Pour les gens à terre, la pleine lune, ça leur parle : c'est le moment de planter les radis. Mais pour nous qui sortons de quinze jours d'obscurité, c'est une bénédiction. Quand vague pas contente, vague décèle hublot. Le mien prend l'eau. Mon sac de couchage est une éponge. Où est donc ce foutu plaisir ? [...] Pour la première fois depuis que je navigue j'ai écouté de la musique en mer. J'ai demandé à un gars son walkman. Je me suis forcé à sortir de l'univers qui me stresse, pour enfin quitter le bateau et ses bruits. Rien qu'une heure. Enfin ne pas être collé au cul de l'anémomètre, enfin plus de houle, enfin plus de bruits sourds contre la coque, ni plus de surfs fous, enfin plus de violence. »

Position à 23 h 17 TU : 59°07 S / 84°52 W - 264,58 mn - moyenne 11,02 noeuds.
Distance au Cap Horn : 571 milles.
Steve Fossett sur Cheyenne est le nouveau détenteur du record du tour du monde sur multicoques, en équipage et sans escale en 58 j 9 h 32 m 45 s (du 7/2 au 5/4/04).
Le Trophée Jules Verne reste en possession de Bruno Peyron en 64 j 8 h 37 m 24 s.

06/04/04
JOUR 41
 
 
Trophée Jules Verne, honneur et élégance :
déclaration de Titouan Lamazou
: " Quinze jours avant le retour de Cheyenne, l'équipe à terre de Fossett n'a pas cessé de multiplier les contacts avec Florence Arthaud (co-fondatrice aussi) et moi pour trouver un compromis et intégrer en cours de route le Trophée. C'était impossible car l'esprit du Jules Verne n'est pas monnayable ! C'est dommage pour Fossett, il n'aura pas son nom gravé sur les tablettes. Ce qui ne retire toutefois rien à sa performance. "
Réaction de Bruno Peyron : " Je déplore que ce nouveau temps de référence ne se soit pas exprimé dans le cadre du Trophée Jules Verne. Il est dommage que les individualismes et les intérêts personnels des uns et des autres nous amènent à des situations qui nuisent à l'intérêt général... "
Extraits de l'article du Figaro : " Cette «mesquinerie» de Fossett risque de porter un rude coup au Trophée du même nom, désormais privé du chrono-référence et donc d'une partie de sa légitimité."
et du journal Le Monde : " Ces derniers jours, l'entourage de Steve Fossett a cherché à trouver un arrangement. L'association, présidée par Olivier de Kersauson, a rejeté tout compromis. Le skipper américain ne recevra donc pas le trophée, mais sa performance, qui sera probablement dure à battre, a porté un mauvais coup au Jules-Verne, qui symbolisait le record autour du monde. "
Communiqué du team Geronimo : " Le projet Geronimo félicite Steve Fossett et son équipage pour leur remarquable performance sportive à bord du maxi catamaran Cheyenne.
Le record du tour du monde que viennent de battre ces douze hommes et cette femme en 58 jours, 9 heures, 32 minutes et 45 secondes constitue une nouvelle et sérieuse référence dans le domaine des circumnavigations à la voile par les trois caps.
Ce tour du monde en équipage et sans escale ni assistance, mené selon les vents et courants dominants, aura bénéficié de conditions météorologiques favorables ainsi que d’une indéniable maîtrise maritime et technique. Nous déplorons simplement que cette navigation n’ait pu s’inscrire dans le cadre du Trophée Jules Verne, garant selon nous d’un esprit d’aventure et de partage sans égal.
"
Geronimo s'engage dans le passage de Drake :
après une période de standby à coups de bords carrés, le trimaran fait maintenant route directe vers le Cap Horn sous un vent de sud-est de 25 noeuds. Une bascule de vent salutaire est attendue en fin de journée qui devrait permettre aux onze hommes de se dégager du piège tendu aux abords de la côte.
Position estimée à 23 h 17 TU : 58°41 S / 75°05 W - 304,05 mn - moyenne 12,7 noeuds.
Distance au Cap Horn :
250 milles.

07/04/04
JOUR 42

 
 
Geronimo a dépassé la longitude du Cap Horn ce mercredi 7 avril 2004 à 15 h 45 m TU après 41 j 16 h 27 m de mer depuis Ouessant.
Le soleil et la plage pour les onze hommes ? A défaut, souhaitons leur au moins apaisement et sérénité pour la dernière étape : Cap Horn - la Maison.
Respect : Olivier de Kersauson n'a pas le moral et ne souhaite pas communiquer pour le moment.

Position à 23 h 17 TU : 55°56 S / 63°15 W - 420 mn - moyenne 17,5 noeuds.




08/04/04
JOUR 43
 
 
C'était ça ou Panama ... Résumé de la vacation du jour (32 minutes) : « Ouf ... y'a pas longtemps qu'on est soulagés. On est contents d'être sortis de là oui, je te le cache pas. Oh la la qu'est-ce qu'on est allés foutre là-bas ! Trop contents d'être sortis de là, ça c'est sûr. On n'a pas beaucoup dormi tous ces derniers jours là. On a vu le bateau sortir entièrement hors de l'eau à un moment donné entre deux vagues, je te dis pas le choc à la descente. Ça n'a pas de sens, ça n'a pas de sens. On est entre Malouines et la terre, peinard. Fini le cauchemar, c'est terminé ça c'est sûr. C'est terminé. Ça on nordit sévère je te le dis tout de suite. Il faut faire du gain ouest sur cette route en remontant le long de la côte, mais le gain ouest on le fera plus tard. On monte, on monte, on monte en latitude. On fait pas gaillard quoi, on est tous fatigués. Tu pars dans ces mers là, tu vas au tas, c'est fini. C'est beaucoup trop hostile voilà, ce parcours qu'on a fait là du sud de la Nouvelle Zélande au Horn avec que des vents de sud en mer d'hiver, faut pas y aller quoi. Faut pas aller dans ces mers là, faut pas y aller ... C'est d'une hostilité incroyable. C'est de la navigation de merde, c'est vachement dangereux, c'est épuisant. Faut pas aller là, faut pas aller là à cette époque de l'année, ça c'est sûr. »
« L'avenir c'est 1° faire du nord 2° faire du nord 3° faire du nord. Se casser de ce monde là qui ne veut pas de nous d'ailleurs et puis rentrer le plus vite possible. Si on a des conditions moyennes, on devrait pouvoir aller vite. On est contents d'être passés quand même. Une ou deux fois je me suis dit faut qu'on arrête, on va aller au tas. On a réussi à passer mais je sais pas si c'est très malin voilà. On est sortis d'un endroit où on aurait jamais du aller. C'était ça ou Panama. Dans l'équipage y'a pas un mec qui retourne d'où on vient. Panama ... Panama, sa ville enchanteresse, ses chapeaux en paille légère et tout ça. ... C'était une galère totale. »
« On va pouvoir faire la route directe. On devrait pouvoir remonter assez vite, j'espère tout au moins. Il faut que je réponde aux questions que je me suis même pas posées moi-même. »
Au sujet de Fossett : « Ça fait 30 heures que j'ai pas dormi, donc moi Cheyenne je regarderai ça tout à l'heure si ça ne vous ennuie pas. Vous pourrez me rappeler, à ce moment là je vous dirais ce que j'en pense. Là j'ai pas regardé, je suis désolé. ... c'est haut sûrement (le record), à vrai dire à l'heure qu'il est on s'en fout complètement à bord. »
« Si on a les mêmes conditions (que Cheyenne) on doit pouvoir aller plus vite que lui. Si on en a des meilleures on en mettra moins (de jours), si on en a des pires, on mettra plus. C'est pas compliqué non ! On va s'occuper de ça activement dès aujourd'hui d'ailleurs, avec l'enthousiasme juvénile dont nous disposons. Y'aura qu'à regarder, on vous enverra des positions, vous verrez bien ce qu'on fait ou ce qu'on ne fait pas. »
OdK a rendu un hommage émouvant à Moitessier : « A mon avis c'était un marin extraordinaire parce que pour naviguer avec les mauvais bateaux qu'il avait, il fallait être un marin hallucinant. Il nous expliquait comment il fabriquait des bateaux avec des poteaux télégraphiques Il nous paraissait comme les frères bricolo. Mais en même temps c'était un vrai marin exceptionnel. C'est un marin très doué. Faire le tour du monde avec un Joshua, il faut être un bon marin. Moitessié a débarqué à Tahiti un matin après un tour du monde et demi, il était dans cette extraordinaire magie où tu appliques directement ton concept et ta réflexion à l'action. Il n'y avait pas d'interférence d'aller chercher un globe d'or, un prix ou je-ne-sais-quoi ... il était passé d'un rêve à l'autre avec une fluidité tout à fait extraordinaire ... J'ai été blessé de l'avoir blessé. ... Il n'y avait pas de vulgarité chez ce Monsieur, il n'y avait pas de facilité. »
Position à 23 h 17 TU : 48°41 S / 59°58 W - 451 mn - moyenne 18,8 noeuds.
Distances à l'Equateur : Cheyenne 2785 mn - Geronimo 3306 mn -
Orange 3475 mn

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Le rêve ?
Oui, pour le Trophée Jules Verne, pour Olivier, pour l'équipage et pour faire taire tous ceux qui ...



Position à 23 h 17 TU : 43°31 S / 56°06 W - 370 mn - moyenne 15,42 noeuds.
Distances à l'Equateur : Cheyenne 2259 mn - Geronimo 2962 mn - Orange 3077 mn

10/04/04
JOUR 45
 
 
Option route directe : le vent a achevé sa bascule vers le nord-ouest et monte en puissance (de 12 noeuds en début de journée 45 à 19 noeuds 18h plus tard). Geronimo reste calé sur la route directe, cap au nord-est et avance à la vitesse de 19 noeuds sur le fond. Les bulletins météo du Horn continuent de cracher leur venin : 95 noeuds de vent ! Même si il n'est jamais certain, Geronimo a échappé au pire. En quatre jours le trimaran a gagné près de 20° en latitude. Le cap est désormais loin, mais il restera marqué dans les corps et gravé dans les mémoires des onze hommes qui jouissent de conditions maintenant plus humaines : température extérieure à 19°C et eau à 21°C.
Position à 23 h 17 TU : 39°38 S / 49°38 W - 372 mn - moyenne 15,50 noeuds.
Distances à l'Equateur : Cheyenne 1721 mn - Geronimo 2610 mn -
Orange 2760 mn

11/04/04
JOUR 46
 
 
A la recherche du vent perdu : le bulletin météo du 9 avril 2004 annonçait de bonnes conditions de vent du 10 au 12 avril.
Geronimo est resté sur sa faim et doit se contenter de petites allures au près en direction du nord-est, qui gomment tous les rêves de glisse promis aux onze hommes après l'enfer du Horn.

Position à 23 h 17 TU : 36°04 S / 43°44 W - 351,90 mn - moyenne 14.66 noeuds.
Distances à l'Equateur : Cheyenne 1528 mn - Geronimo 2295 mn -
Orange 2421 mn

12/04/04
JOUR 47
 
 
Etraits de la vacation radio : « À nos âges, les prévisions, on attend de les voir ! On est en train de tirer un coup de Nord-ouest, un coup de Nord, un coup de Nord-Est avec des grains, des vents qui vont de 4 à 12 nœuds.
Ce matin, on se demandait combien de jours de plus on allait mettre pour remonter du Cap Horn par rapport à l'année dernière !!!
»
Position à 23 h 17 TU : 32°52 S / 42°35 W - 200,25 mn - moyenne 11,6 noeuds.
Distances à l'Equateur : Cheyenne 1331 mn - Geronimo 2096 mn - Orange 2272 mn

13/04/04
JOUR 48
 
 
Décodeur météo. Je dois vous avouer avoir de très grosses difficultés dans le décryptage des bulletins météo. Nous n'avons pas les mêmes valeurs. Mes conclusions seront donc particulièrement synthétiques. Météo de demain : si le pire n'est jamais certain, le meilleur reste toujours aléatoire.
Il se pourrait que ce bulletin ne soit pas vérifié demain. Dans ce cas, il resterait valable pour après-demain et ainsi de suite jusqu'à Ouessant.
En attendant, ce soir je vais essayer de méditer un peu sur la théorie des alizés non permanents qui laissent placent à des micro-structures et des bascules au sommet des anticyclones avec instabilités diurnes, perturbations qui sortent de Punta del Este et courant dans le nez. Le seul truc que j'ai compris, c'est qu'après la zone de transition entre le Cap Horn et Rio, Geronimo va en manger une autre à partir de la latitude 25°S.
Ça par contre, pas de problème, c'est certain !
Allez, c'est bientôt la fin du calvaire pour les onze hommes et la seule chose qui soit importante à ce jour, c'est de les voir rentrer à la maison.
Position à 23 h 17 TU : 28°34 S / 41°11 W - 268 mn - moyenne 11,16 noeuds.
Distances à l'Equateur : Cheyenne 1088 mn - Geronimo 1830 mn - Orange 2120 mn

14/04/04
JOUR 49
 
 
On est les oubliés du vent. Vacation radio : « Les prévisions annoncent toujours 10-15 nœud. Cela fait dix jours que l'on aurait dû avoir 15 noeuds de vent ! On a quand même compris au bout de dix jours que c'est de la couille de loup. Il faut se calmer.
J'aime beaucoup Pierre, jusqu'ici en météo il nous a fait des trucs formidables, mais depuis 10 jours, je lui ai dit de nous rayer du fichier, d'arrêter de nous envoyer des trucs de couille.
On se renseigne de tous les côtés et tout le monde nous donne les mêmes observations qui sont toutes fausses ! Dans le modèle, il y a quelque chose qui ne va pas et le modèle continue à tourner. C'est comme les machines mises en route par les énarques, cela a été réfléchi au départ et jamais après.
»
En fait cette vacation date de 2003, un copier coller suffit pour 2004 ...
Position à 23 h 17 TU : 24°54 S / 39°53 W - 230 mn - moyenne 9,6 noeuds.
Distances à l'Equateur : Cheyenne 571 mn - Geronimo 1600 mn -
Orange 2120 mn (?)

15/04/04
JOUR 50
 
 
Entre pétoles et tempètes, les travailleurs de l'amer : Olivier de Kersauson regrette amèrement le premier départ de 2004, manqué au 5ème jour à la suite d'avaries sur les gennakers, alors qu'il comptait une journée d'avance sur Fossett : « Le solent a explosé avec 12 noeuds de vent. Cela ressemble à une longue longue longue longue longue punition. On se fait chier quoi. ... C'est de la malfaçon. Je ne sais pas ce qui se passe avec notre voilier là. Je ne sais pas entre l’incompétence et la bêtise ça parait assez surprenant. On comprend pas cette que des voiles neuves qu’on a ramenées à l’atelier ça fait perdre plein de choses à tout un équipage, à plein de gens. Manque de professionnalisme là c’est très inquiétant. C’est lamentable. »
Position à 23 h 17 TU : 20°47 S / 38°57 W - 252,33 mn - moyenne 10,51 noeuds.
Distances à l'Equateur : Cheyenne 76 mn - Geronimo 1353 mn - Orange 1789 mn

16/04/04
JOUR 51
 
 
Fin de la vacation du 14 avril : « On a l’habitude on a fait toute la remontée comme ça l’année dernière. C’est pas d’une complexité énorme, c’est pas d’une gaieté folle non plus d’ailleurs, ça n’a aucun intérêt. Voilà on n’avance pas, y’a pas d’air. Il n’y a aucune manœuvre depuis trois jours. On est au même angle au vent à essayer de grimper dans de la pétole. Il n’y a rien. Il ne se passe rien. On est figé dans un monde à peu près immobile où il y a entre 8 à 10 nœuds de vents et nous on essaie de glisser là dedans voilà. Il ne se passe rien, rien du tout. Voilà Chaque jour la prévi fait reculer la position de l’alizé. On devait le toucher le toucher à partir de 35 sud, on est par 26, maintenant il n’existe qu’à 22. le Pot au Noir est énorme. C’est le remake de ce que l'on a fait l'année dernière, un mois plus tard. Il n'y a pas de commentaire à faire. »
Position à 23 h 17 TU : 16°57 S / 36°29 W - 269,26 mn - moyenne 11,22 noeuds.
Distances à l'Equateur : Geronimo 1086 mn - Orange 1278 mn

17/04/04
JOUR 52
 
 
Hier la peur de ne pas rentrer, aujourd'hui celle de revenir : en cet instant je pense à l'immense solitude de ces hommes qui n'en finissent pas de rentrer après des jours et des nuits terribles au cours desquels ils ont vendu chèrement leur peau. Chaque jour la météo leur vante des lendemains qui ventent. Backing et veering sont les deux mamelles du routage.
Demain sera un autre jour ?
Non !
Demain est comme hier, pire qu'avant hier, comme l'année dernière.
La poisse qui colle à la peau a remplacé l'angoisse de sauver la sauver.
Hier la peur de ne pas rentrer, aujourd'hui celle de revenir.
Que voulez vous obtenir d'eux ?
Il ne faut pas leur en demander plus, ils ont assez donné.
De quel droit d'inventaire pourrait donc se prévaloir le syndicat des armateurs alors qu'il faisait écrire le 30 Mars à l'occasion de la « tentation de Panama » : " Quelle que soit la prochaine décision du skipper de Geronimo, elle sera la meilleure possible au regard de ce que subit l’équipage aux couleurs de Capgemini et Schneider Electric.
Surtout, cette annonce, quelle qu’en soit la teneur, sera indiscutable parce que guidée par le choix évident de la sauvegarde humaine, qui n’a pas de prix par rapport aux griseries de la performance.
Les hommes de Geronimo savent qu’ils peuvent compter sur un total soutien de leurs partenaires. "
Pourquoi en rajouter, il ne sert à rien de les accabler, ils savent parfaitement où ils en sont.
Que voulez-vous de plus ? Un procès public en place de Grève, dans l'ombre de Mr Guillotin ?
S'il existe des débiteurs dans cette aventure, c'est bien nous les voyeurs de l'impensable, les profiteurs de l'impossible. Nous ne solderons les comptes qu'en les aimant et en leur prouvant.
Élégance et honneur pour le Jules Verne ... à voir !
Diantre, un peu de dignité Messieurs !
Position à 23 h 17 TU : 11°42 S / 33°37 W - 356,33 mn - moyenne 14,85 noeuds.
Distances à l'Equateur : Geronimo 734 mn - Orange 769 mn

18/04/04
JOUR 53
 
 
Extrait d'une vacation radio de Didier Ragot : « On est dans la panouille, on n'avance pas beaucoup. On est à 13 noeuds, le cap est à peu près bien mais il n'y a pas de vent. Ça devrait rentrer dans les 10 heures qui suivent. Le Trophée Jules Verne on y croit fort, l'autre il faudrait un bol monstrueux, on n'y croit plus trop. Le Jules Verne on va se battre pour.»
Le site officiel annonce un renforcement du vent qui permettait à Geronimo d'enregistrer à 13 h 17 TU une vitesse instantannée de 25 noeuds. Position du trimaran à ce moment : 07°16 S et 31°32 W. Pourvu que cela dure ...
Position à 23 h 17 TU : 04°49 S / 30°50 W - 444,80 mn - moyenne 18,53 noeuds.
Distances à l'Equateur : Geronimo 289 mn - Orange 68 mn


19/04/04
JOUR 54
 
 
Vers l'épuisement de l'espoir. Extraits du carnet de Libération : « Comment allons-nous ? Bien. Et toujours vers l'épuisement de l'espoir. Notre route se résume à des triangles, des carrés, parfois des losanges. C'est un concours de formules géométriques maritimes. [...] Si on était un bateau brésilien, on irait directement à quai. Pour oublier. On dit que le pire n'est pas sûr. C'est faux. Nous avons rendez-vous à heures fixes avec le pire. Il frappe. On lui ouvre. Il s'assied. Il a ses habitudes, fait comme chez lui. On ne rêvait pourtant que d'heures lumineuses. Le pire nous a gâtés. »
Position à 23 h 17 TU : 00°30 S / 30°21 W - 260 mn - moyenne 10,83 noeuds.


20/04/04
JOUR 55
 
 
Les gennakers et les jupons ... : Geronimo a dépassé la latitude 0°, marque de passage de l'Equateur à 2 h 10 TU ce mardi 20 avril 2004 soit après 54 j 2 h 52 m de mer depuis Ouessant.
Extrait de la vacation du jour : « On n'a plus d'objectif aujourd'hui, on ramène le bateau le plus vite possible, on se donne vraiment du mal. Objectif, on verra bien, on fait avec. ... De toutes façons, t'inquiètes pas, si il y a une merde, elle est pour nous, je vois pas comment ça pourrait être autrement. ...
Y'a personne qui veut me poser des questions pour bien m'énerver là ?
... Les questions que vous n'osez pas me poser, ce que je pense du tour de Fossett ? C'est un temps vachement beau, les mecs ont vraiment bien mené le bateau. Quand on descendait en même temps que lui, là on allait un peu vite que lui, on a une petite nostalgie stupide d'ailleurs parce que ça n'a pas de sens. Eux sur le plan passage, le vent je ne sais pas comment ils font. Quand ils arrivent quelque part tout se nettoie. Ça c'est vachement brillant, c'est sidérant. La remontée Equateur - Brest en 8 jours ... je ne vois pas comment cette partie du parcours pourra être battue un jour. »
Est-ce que tu penses que Fossett a réussi à acheter les bons vents et si oui est-ce tu vas demander une rallonge à tes sponsors ? « Je pense pas qu'il a acheté les bons vents parce qu'il est putain de radin, il a pas voulu payer pour s'inscrire au Jules Verne. Ce qui est d'un ridicule et à la limite du malhonnête, parce qu'il s'est servi du Jules Verne tout le temps comme point de référence pour sa com. Enfin c'est son problème. Nous nos sponsors ils ont bien de la patience parce que ça fait deux tours où on marche bien, on fait des belles choses et puis à un moment donné on fait plus rien. Moi je ne vais pas leur demander de rallonge. Déjà si ils nous abandonnent pas tout de suite, ce sera bien gentil de leur part. Devant une telle fatalité, faut des couilles pour rester. »
... bon ... la gente féminine appréciera ...
« Ouais ah ben tiens justement voilà quelque chose qu'on a pas vu depuis longtemps aussi tiens. ... Ah ! Ah ! ... Oh la la la la quelle misère ! Tu vois, les gennakers et les jupons on en a pas vu depuis longtemps, je peux t'assurer. Enfin c'est comme ça ... »
Olivier ? Olivier, c'est un de tes sponsors, c'est Philippe Laville à l'appareil ... et puis je te confirme que tes sponsors te lâchent pas hein. Ils t'attendent à Brest.
« Vous êtes bien mignons en attendant, vous êtes bien courageux et bien mignons. »

Position à 23 h 17 TU : 05°07 N / 31°01 W - 339,6 mn - moyenne 14,15 noeuds.

21/04/04
JOUR 56
 
 
On n'aura pas laché pour rien, suite de la vacation du 19 : « On va monter, il faut qu'on aille très loin dans l'Ouest pour détourer l'anticyclone des Acores, qui n'est pas encore rendu sur les Açores mais qui fait route vers les Açores. Faut qu'on le croise et qu'on essaie de remonter sur Brest, c'est une navigation vachement longue. Faut qu'on aille au moins jusqu'à 40 ouest minimum et 35 de latitude. C'est de la navigation très longue, on loin du route directe sur l'objectif » ... « Il y a une dépression qui vient de se former le long du Portugal, on arrive trop tôt pour la prendre et on arrive trop tot pour que l'anticyclone des Açores soit remis à sa place. Si on continue à avoir que des schémas de merde comme on a depuis x temps, on ira au tas.
On va terminer avec des vents d'est sur Brest voilà.
Le seul objectif qu'on a, sur lequel on aura pas laché pour rien, c'est qu'on aura fait faire le parcours au bateau et qu'on aura pas cédé une seconde. Le reste je le pilote pas. »
Pour une fois la météo a fait mentir Olivier de Kersauson. Et oui, comme prévu, Geronimo a touché un peu de vent. J'ai dit un peu seulement ... pas trop. En d'autres temps, cette journée aurait été qualifiée d'ordinaire pour un tel géant des mers. Tout étant relatif, elle devient presque bonne pour le trimaran qui n'avait pas réalisé une telle moyenne depuis bien longtemps : presque 400 milles en 24 h !
Position à 23 h 17 TU : 11°38 N / 32°21 W - 399 mn - moyenne 16,63 noeuds.

22/04/04
JOUR 57
 
 
Deux fois la route et trois fois la peine. Extraits de la vacation du jour : « Cette année on ne mettra pas une semaine pour aller des Açores à Brest, on mettra moins. Il n'y aura pas ce coté arrêt total, il y a quand même un peu de vent sur l'Atlantique. ... Ce qui nous inquiète c'est les craquements de délaminage sur le bras de flotteur babord. On espère que cela ne va pas trop s'amplifier. On verra bien, de toutes façons on n'est pas en danger. Si on sent que ça devient difficile il faudra arrêter. ... Les prévisions sur l'Atlantique nord donnent des vents d'ouest en montant vers le nord pendant 2 ou 3 jours, à ce moment là on pourra se rapprocher des côtes Bretonnes et puis on risque de tomber sur un système d'anticyclone.
Vent faible et ensuite vent d'est en plein sur l'axe de la route. Il faudra tirer des bords au près ce qui multiplie la route par 1,7 Dans la marine on dit deux fois la route et trois fois la peine.
»
Position à 23 h 17 TU : 19°02 N / 33°55 W - 453,14 mn - moyenne 18,88 noeuds.

22/04/04
 
 
US go home ... : avis aux amateurs ou aux armateurs. " The round the world record has fulfilled my highest ambition in sailing and this just seems like the right time to stop. Cheyenne to be sold "
Traduction : Allez salut Cheyenne et merci pour tout, nous on se casse ! Par ici la monnaie.
No comment ! Titouan Lamazou voyant extra (ordinairement) lucide ...

23/04/04
JOUR 58
 
 
En ce temps là ... le rêve le plus doux, le plus osé était de partir pour ravir le Trophée Jules Verne. L'objectif de toute une vie de marin, comme un fantasme qui hante les jours et les nuits. Une feuille de route gravée dans le granit de Kerjean Mol.
C'était il y a maintenant bien longtemps : 58 jours. Tout à changé depuis ce moment là. C'est déjà une autre époque. Nous n'avons plus les mêmes valeurs : remporter le Trophée n'est plus une fin en soi.
Certains avancent que ce serait un beau lot de consolation. Un peu comme la casquette Ricard qui console le beauf du concours de boule. Comment peut-on imaginer consoler le marin ? C'est ridicule, absurde, de la "couille de loup" ! Les corps et les esprits rentrent marqués pour toujours. Combien de peines endurées, de sacrifices concédés, de joies et de plaisirs perdus à tout jamais pour tenter de caresser le rêve ultime ? Nul ne le saura jamais. Le marin est bien trop pudique pour se perdre dans un inventaire inutile. Il ne dira rien. Seuls les quelques proches qui savent lire au fond de ses yeux, décoder sa voix, sauront qu'il s'est passé quelque chose. Même s'il n'aura de cesse que de penser à ce terrible record pour rendre sa dignité au Jules Verne : 58 days 9 hours 32 mins 45 secs, maintenant ne sera jamais plus comme avant. Pour le moment, peu importe le passé, seul compte le présent, ponctué de bulletins météo et de vacations. Le présent pour rentrer à Moulin Blanc, fier de ramener ses hommes et son bateau. Heureux de ne pas avoir cédé à la tentation de Panama. Le présent pour poser le pied sur le quai, la tête haute, droite et digne. Le présent pour finir le travail. Seul le présent permettra de faire le point demain et essayer de continuer l'avenir.
Position à 23 h 17 TU : 25°15 N / 36°00 W - 390,5 mn - moyenne 16,3 noeuds.

24/04/04
JOUR 59
 
 
Joli chemin de ferme : extrait de la vacation du jour « On fait une route vers le nord-ouest, on a un anticyclone devant nous qui fait une route vers l'est. Il faut qu'on passe sur sa gauche pour avoir des vents qui tournent et qui nous permettent de passer au dessus de lui et de faire route directe sur la Bretagne. En ce moment vis à vis de la marque on gagne rien, on fait une route au 330 qui nous permet juste de contourner l'obstacle. On a de la vitesse mais on est obligés de ralentir. On a les restes de la tempête qui était sur la Bretagne il y a 3 jours. Ça fait une houle dans l'axe de la route vraiment grosse. Dès qu'on dépasse 20 noeuds là dedans les chocs à la retombée, c'est trop violent. On se maintient entre 20 et 22 noeuds. On est en permanence dans le cockpit en train de choquer la grand voile, choquer du chariot. On essaie de négocier un passage où on casse pas tout. Ça ressemble quand même à un joli chemin de ferme, la partie d'Océan sur laquelle on est. Cela n'a pas cessé, c'est très très très cabossé. »
Position à 23 h 17 TU : 31°33 N / 39°32 W - 421 mn - moyenne 17,56 noeuds.
Distance à Ouessant : 1970 milles.

25/04/04
JOUR 60
 
 
On regarde pas le cadran : suite de la vacation « On le saura quand on arrivera à Brest, pas avant. J'ai aucune idée de comment ça va se passer. On va le plus vite possible dans les conditions possibles pour être rendu le plus vite à Brest mais ça s'arrête là. ... On regarde même pas, on regarde le cadran à l'heure qu'on vient de passer. Le reste on regarde pas, ça n'a pas encore vraiment de sens pour nous. Il faut qu'on avance dans un truc qui n'est pas du tout une voie royale. On espère arriver dans des temps décents, mais on arrivera dans les temps qu'on pourra. Point final. L'an dernier on savait qu'on était morts en arrivant aux Açores, qu'on passerait pas. Là on sait qu'on peut passer, mais on attend de voir pour dire. C'est pas évident. On continue à faire notre route de laboureur de façon besogneuse. »
Position à 23 h 17 TU : 36°31 N / 37°32 W - 314 mn - moyenne 13 noeuds.
Distances à Ouessant : Geronimo 1587 mn - Orange 1701 mn

26/04/04
JOUR 61
 
 
J'crois qu'on peut être fiers de nous : extrait du carnet de Libération « On aura donc fait un tour du monde en première dans notre voiture de sport, et sans jamais passer la seconde. D'habitude, je n'ai pas tellement envie de débarquer. Je trouve presque dommage que l'aventure s'arrête. Allez ! une petite prolongation rien que pour garder encore une fois la jouissance de la mer et de la navigation !
Pourtant, on se dit qu'on a accompli un parcours exigeant et périlleux. J'crois qu'on peut être fiers de nous.
»

Le dernier combat : extrait de la vacation du jour « On va vite, on fait route sur le sud de l'Irlande. On monte jusqu'à 51 nord pour après redescendre sur Ouessant. On est sous gennaker il y a une bonne glisse, ça va bien, le bateau est entre 23, 25, 27 noeuds. On fait une route longue, en ligne droite il reste 1329 milles et on va en faire 1500 à peu près nous. A priori il n'y a pas de route directe. Notre seule chance de pas être contraint de tirer des bords devant Ouessant c'est de faire deux grands bords pour avoir le vent sur la hanche quand on va redescendre.... On est contents de rentrer à l'écurie. ... Y'a du monde, y'a pas de soucis là pour la manoeuvre, qu'ils soient de quart ou hors quart, il y a quelque chose d'électrique à bord aujourd'hui là, on a l'impression de renaître quoi. ... On sait que rien n'est gagné. ... Les gennakers ça va, heureusement parce que là il n'y avait plus qu'à ce suicider, à la crème de marrons avec des petits Lus. Vous prenez une boite de 15 kilos de crème de marrons, douze paquets de petits Lus bien secs et vous z'avez pas le droit de boire. C'est un suicide gastronomique assez répandu dans les sectes Nantaises. »
Un jour 61 à bride abattue pour Geronimo qui dans un sursaut d'orgeuil a réalisé une très belle performance avec 565 mn. Le trimaran n'avait pas dépassé les 500 mn depuis le jour 28 soit il y a 33 jours !
Position à 23 h 17 TU : 43°20 N / 29°03 W - 565 mn - moyenne 23,5 noeuds.
Distances à Ouessant : Geronimo 1040 mn - Orange 1361 mn

27/04/04
JOUR 62
 
 
Positionné par 46°36 N et 24°40 W à 11 h 14, Geronimo a parcouru 270 mn au cours des 12 premières heures du jour 62. La vitesse instantannée du trimaran diminue depuis le début de l'après midi, sous l'effet d'un vent de 15 noeuds qui a basculé à l'est - sud-est. Ce ralentissement doit se poursuivre jusqu'au 28/04 à midi, heure à laquelle une rotation rapide est attendue au secteur nord-est puis nord - nord-est avec des pointes de 30 à 35 noeuds. A ce moment, le trimaran sera babord en route directe jusqu'à l'atterrissage.
Position à 23 h 17 TU : 48°57 N / 21°28 W - 455 mn - moyenne 18,95 noeuds.
Distances à Ouessant : Geronimo 645 mn - Orange 959 mn

28/04/04
JOUR 63
(1)
 
 
Le dernier bord : extrait de la vacation du jour « C'est pas terrible, mais enfin on progresse quand même. On peut pas aller vite dans cette mer là, on a la mer dans l'axe. C'est pas un problème de toile, c'est un problème de mer. C'est un clapot qui est formé depuis longtemps, qui n'est pas gros mais c'est impossible d'aller vite là dedans. ... Ça fait un mois qu'on est tribord amure, plus personne n'a l'habitude de passer bâbord amure. Tous nos systèmes ont enregistré que tout était toujours penché vers la gauche. Le corps compense, l'organisme a besoin de plusieurs heures pour reformater tous ces systèmes. Les barreurs ont du mal à se caler, les gars ont du mal à marcher sur le pont. ... Les gars sont très maladroits en manoeuvre. Il va falloir plusieurs heures pour que l'ensemble du bord se réadapte à ça. ... Si y'a l'appréhension c'est qu'on va plus être seuls, c'est qu'il y'a sûrement le trafic et le trafic si y'a 35 - 40 noeuds c'est pas automatiquement facile à gérer pour nous. Comme on arrive au vent d'une côte dangereuse, qui est la ligne d'Ouessant, il faut pas avoir de pépin mécanique à ce moment là. ... La satisfaction elle existera quand on aura coupé la ligne, d'ici là ce n'est que tension ... »
Communiqué de Rivacom - position à 15 h 07 TU : 49°05 N / 16°05 W - vent : 12,5 n - Vitesse : 11,6 n
Distance restant à 15H TU = 462 milles
ETA à 12 noeuds : 5 H TU (le vendredi),
- à 15 noeuds : 21 H TU (le jeudi),
- à 17 noeuds : 18 H TU,
- à 18 noeuds: 17 H TU.
Nous espérons une arrivée jeudi 29 avril entre 16 & 21 h TU sur la ligne
Position à 23 h 17 TU : 50°07 N / 13°11 W - 329 mn - moyenne 13,7 noeuds.
Distanceà Ouessant : Geronimo 329 mn

29/04/04
JOUR 63
(2)
 
 
Le jour le plus long ... position de Geronimo à 7 h 09 TU : 49°57 N / 08°42 W à 164 mn d'Ouessant. Vitesse instantanée 23 noeuds, vent 30 noeuds.
Océan Alchemist a pris la mer à 11 h 10 TU pour rejoindre son cadet Geronimo. A son bord une armada de journalistes, cameramen, photographes dont Yannick Le Bris qui a obtenu une accréditation. Yannick Le Bris n'est pas un inconnu pour tous ceux qui suivent le Trophée Jules Verne sur le présent site. Photographe amateur, il est l'auteur de nombreux reportages exlusifs sur les différentes tentatives de Geronimo. Yannick est un puriste désintéressé qui voit ainsi sa passion et son travail légitimement récompensés. Il m'a fait l'amitié de m'envoyer un petit message avant son embarquement : « Il est 13h30, Je viens de récupérer mon accréditation pour embarquer dans une heure. Geronimo est en ce moment à 55 nautiques de la ligne ! Arrivée prévue vers 15 heures, 17 heures à quai...
Le temps est exécrable... Mais j'en ai vu d'autre... mon APN lui non... (note : Appareil Photo Numérique) Mon coeur bât très fort, je pense à toi tout là bas. »
Position à 11 h 09 TU : 49°42 N / 06°24 W - vitesse : 23 noeuds, vent : 37,5 noeuds, cap au 100.
L'heure d'arrivée à Ouessant est envisagée entre 15 et 16 h (locale) + 2 heures pour l'arrivée au ponton de Moulin Blanc à Brest.

29/04/04
JOUR 63
(3)
 
 
Olivier de Kersauson, ses 10 compagnons et le trimaran Geronimo ont franchi la ligne imaginaire située entre Ouessant et le Cap Lizard le 29 avril 2004 à 13 heures 17 minutes 26 secondes TU bouclant le tour du monde dans le cadre du Trophée Jules Verne en 63 jours 13 heures et 59 minutes et 46 secondes. Olivier de Kersauson reprend ainsi le Trophée à Bruno Peyron qui le détenait depuis le 5 mai 2002 en 64 jours 8 heures 37 minutes et 24 secondes sur le catamaran Orange I. Cette tentative était la 9ème pour Olivier de Kersauson depuis la création du Trophée Jules Verne. Depuis 1990, seuls 5 records ont été établis par 3 navigateurs différents sur un total de 18 tentatives.
On est fier de vous tous Olivier, merci pour tous ces moments d'émotion !
Premières déclarations d'Olivier : « Enfin c'est fait, on a la sensation d'un mec qui a été suspendu par les couilles pendant un mois et puis qu'on vient de décrocher. ... C'est un Jules Verne qu'on est allé chercher, il ne nous a pas été donné celui-la. Tout s'est fait à l'arraché, c'est un beau Jules Verne. ... On a eu tous les bonheurs le premier mois et toutes les horreurs le deuxième mois. ... Quand on voit les coups qu'on a pris ... le bateau est bien, il nous rend l'amour qu'on lui porte, il ne nous a pas trahis ... Il a du talent. Je ne m'explique pas comment il a tenu ! Une fois la ligne franchie, j'ai vu les hommes l'embrasser. Plus jamais nous ne partirons quand l'hiver tombe dans le Pacifique. Et je suis ferme. »





29/04/04
 
 
Geronimo est arrivé au quai de Moulin Blanc à 22 h. Les hommes sont fatigués, ils se battus jusqu'au bout avec des vents de 35 noeuds. Dernière épreuve, la conférence de presse :
« Il ne faut pas confondre les choses. Il n'y avait pas de record autour du monde avant que le Trophée n'existe. Il a été créé, ce qui est assez rare, par une association de marins, pas obligatoirement amis, mais qui ont tous compris l'intérêt de ce trophée. Quand Florence Arthaud, Lamazou, Le Cornec, Riguidel ont monté ce projet, ce projet s'est très vite imposé de façon mondiale comme étant d'abord une épreuve et une façon de courir. Une façon de courir, parce qu'il y avait une grande liberté et qu'il y avait aussi dans le Trophée Jules Verne ce que l'on a tous cherché dans la voile, que l'on n'a pas toujours trouvé : l'engagement, le risque, l'engagement moral, aller au bout des choses. Ce parcours en multicoque n'est pas un parcours évident.
L'histoire du Trophée, c'est poser des règles : d’abord, il s’agit de se déclarer pour le Trophée. La deuxième : pas d'escale. C'est-à-dire que s'il y a un pépin, il faut remonter couper la ligne. Et la troisième : une communication claire, nette et honnête sur la réelle position des bateaux. Donc, pas de surenchère. Tout cela pour rester dans la dignité comme l'avait voulu Peter Blake, Bruno Peyron, Tracy Edouard, Hélène Mac Arthur, Florence Arthaud qui est l'une des personnes qui a payé de sa poche au sens propre du terme pour que le Trophée existe.
Le Trophée a longtemps été le record. Là, le record a été pris, puisque c’est de cela dont on parle... Cette situation est très équivoque, parce que - puisque vous m'en parlez on va aller au bout - quand Fossett a dit qu'il voulait courir le Jules Verne, je lui ai demandé de venir : « On a besoin de vous. On a besoin que vous veniez parce que l’on a besoin d'être nombreux, on est déjà nombreux, mais on a besoin d'être encore plus nombreux et plus fort ». Fossett a argumenté que c'était trop cher. Je lui ai expliqué que le Trophée n'avait pas de sponsor et qu'il ne vivait que par ce que l'on a tous payé. Et on a tous payé beaucoup plus que ce qu’on lui demandait. En réalité, Fossett n’a jamais voulu faire le Trophée Jules Verne. Le Trophée exigeait que si l’on s'arrête, il faut remonter la ligne. Or, Fossett se disait :
" Avec les règles du World Record Association, je peux aller courir et s'il y a un pépin aller faire une étape et réparer ".
Si nous avions couru contre Fossett, pour vous donner un exemple : quand on est parti 39 heures après lui, quand on a fait demi-tour avec nos problèmes de voile, on lui avait déjà repris 27 heures. On était à 12 heures de lui. Si l’on n'avait pas été dans le Trophée Jules Verne, il était sûrement plus rentable pour moi de me faire livrer par avion un gennaker à Cap Town que de remonter sur la ligne couper. Si l’on était parti se battre contre Fossett, on aurait eu intérêt à se faire livrer un gennaker à Cap Town puisque de toutes façons, tant que l'on était sur l’eau et tant que l’on était sur les mêmes eaux que lui, on le dominait. Mais comme nous étions en Trophée Jules Verne, on a fait demi-tour, et l'on est rentré. De même que Bruno Peyron, quand il abandonne, il abandonne parce qu'il n'a pas les moyens techniques de réparer sur place. Mais à mon avis, quand il est au Cap Vert, le fait qu'il soit obligé potentiellement d'aller chercher de l'aide extérieure, en quelque sorte le Trophée Jules Verne est fini pour lui.
Il y a une grande qu'équivoque. On ne peut pas prétendre courir les mêmes choses lorsque l’on n’applique pas les mêmes règles.
Dans l'histoire de Fossett, il y a deux choses : une magnifique, la façon dont cet équipage a mené le bateau au Tour du monde. L'autre qui est sordide : la façon dont ils ont interprété leur position vis-à-vis de cette épreuve. C'est-à-dire que l'épreuve du Trophée Jules Verne qui appartient à tous ceux qui l'ont fait et même ceux qui ne l’ont pas fait, parce qu'il y a des coureurs qui ne sont pas riches, qui ont mis de l'argent pour que l'on puisse défendre ce projet – Florence Arthaud et Titouan Lamazou entre autres - pour que se crée dans le monde une compétition qui ait une certaine éthique et une certaine forme, qui défendait ce que l'on appelle couramment de façon surannée, des valeurs. Et l'on ne fait rien sans valeur.
Là où Fossett a été d'une très grande équivoque : quand, en communication, il se comparait aux résultats qu’avait fait Bruno Peyron dans le Trophée Jules Verne, de façon que le monde comprenne qu'il était en train de faire quelque chose de difficile mais qui avait déjà été fait, il s'est servi de notre travail, de nos efforts, de tout ce que nous avions créé de façon très pure. On ne l'avait pas créé pour rendre service à M. Fossett mais pour faire une belle épreuve.
En refusant de participer à cette épreuve, en fait il nous a craché à la gueule. Le résultat aujourd'hui est formidable. Que son bateau ait parcouru le Tour du Monde comme il l’a fait, c'est une belle histoire. Mais pour nous, cela restera une histoire comme nous n’avons pas envie d’en faire vivre aux autres. C’est pour cela que l'on courra toujours dans les règles et dans le respect des autres coureurs.
On c’est que c'est vraiment faisable. Son bateau est rapide, son équipage est bon, et je pense que l'on a un bateau rapide et un bon équipage. Je pense qu'il y a sur la planète d'autres bons bateaux rapides avec d’autres bons équipages. On a eu les conditions météo jusqu'à la fin de l'Indien, c'est tout. Quand on était avec lui sur le plan d’eau, on le dominait, on le prenait tous les jours. On est impressionné par l'extraordinaire qualité de l'équipage qu'il faut quand même mener. Il faut l'emmener le bateau. Et on est impressionné aussi par le système météo qu'ils ont décroché. Quand on les a vu remonter du milieu de l'Atlantique en 8 jours directement à la maison, je n'ai jamais vu personne dans le Trophée Jules Verne réussir à faire cela. Il a fallu que l'on aille presque gratter le bas de je ne sais pas où… 51 Nord pour remonter ici. On était au Fasnet hier soir. On est un peu jaloux quand même, on n’est pas très content ; mais étant jaloux, envieux et mesquins, on va effacer cela rapidement.
On s’est tous ramenés vivants. Je pense que j'ai eu de bons équipages, mais l'équipage que nous avons formé sur Geronimo, je l'ai vu dans le dur, je ne l'ai pas vu que dans les moments agréables, je l'ai vu dans ce que ce métier a de difficile, d'obstinant, d’impitoyable par moments... C'est un bel équipage, vous pouvez me croire.
»

29/04/04
 
 
Bruno Peyron salue l'arrivée de Géronimo, au terme d'un parcours difficile. Le record du Trophée Jules Verne est battu, mais le record absolu autour du monde (58 jours, 9 heures, 32 minutes et 45 secondes) tient toujours ! Bruno Peyron : " Nous avons désormais une mission clairement définie pour l'hiver 2004 / 2005 : récupérer le Trophée Jules Verne et tenter de battre le record absolu WSSRC. Toute l'équipe d'Orange II est motivée et le compte à rebours est d'ores et déjà lancé. D'ici-là, je défie dès cet été les skippers-armateurs de Géants dans le cadre d'une compétition pure, d'un combat loyal au contact..."

03/05/04
 
 
Le dernier carnet de Libération :
«Les hommes ne seront plus jamais les mêmes. Ils ont été abîmés par la mer. Il faut leur laisser le temps de se parler. ... Ne plus entendre parler de bateaux pendant trois semaines, plonger mes mains dans la chevelure d'une femme et la regarder. Et puis marcher après 63 jours dans l'herbe mouillée. Je n'ai besoin de rien, je suis un nomade, je ne m'attache à rien. Comme on n'emporte rien dans la tombe, je n'emporte rien avec moi.»
La photo ci-contre a été prise le 3 mai 2004 au matin par Yannick Le Bris