Trophée Jules Verne 2004
   
Record d'Olivier de Kersauson / Geronimo ( page 1 / 2 )
 

Entre pétoles et tempêtes, les travailleurs de l'amer
 
Temps partiels
(depuis Ouessant)
Équateur Cap Bonne
Espérance
Cap des
Aiguilles
Cap
Leeuwin
Tasmanie Anti-
méridien
Cap
Horn
Équateur Ouessant
2004 - Kersauson
Geronimo
7j 22h 23m 17j 22h 58m - 26j 11h 33m - 31j 22h 53m 41j 16h 27m 54j 02h 52m 63j 13h 59m
 
plus ou moins
point fort
point faible
Peyron
est détenteur du Trophée
Jules Verne depuis 2002"
catamaran "en rodage"
2 mois d'essais seulement
Kersauson
connaît bien "la route",
le Trophée est son obsession
a déjà "cassé" dans le sud
il sait ce que cela signifie
Fossett
n'a peur de rien
et l'a déjà prouvé
ne respecte pas le règlement
du Trophée Jules Verne
 
23/02/04
 
 
Geronimo est en standby : les voiles ont été réparées et modifiées en un temps record. Le gréement, la structure et la carène du trimaran ont été vérifiés, aucune anomalie importante n'a été décelée. Le team de Geronimo déclare que le départ est imminent. Une bonne fenêtre météo est prévue pour le milieu de semaine avec un fort courant de nord-est alimenté en air froid, de nature à réanimer les alizés au sud des Canaries. Le team d'Orange annonce de son coté que tout est mis en oeuvre pour un départ du catamaran le 26 février ...
Alors, Geronimo et Orange en régate autour du monde, ce serait pas mal !

24/02/04
 
Olivier s'exprime : « Si on doit se trouver au bord à bord dans les mêmes conditions, nous ferons front, ce n'est pas une inquiétude parce qu'il y a quand même le tour à faire.
C'est vrai, je préférais partir dans des conditions que j'avais choisies. Mais Bruno connaît bien ce métier, si les conditions sont bonnes, il va les choisir et on va se retrouver ensemble. Je réagirai à ce moment là heure par heure, le bord à bord se fera dans un petit carré au départ. Après cela va se passera sur tout le tour du monde avec la vitesse, la casse ... c'est une autre aventure. Très vite le tour du monde et le parcours du Jules Verne vont reprendre leurs droits.
»

25/02/04
 
 
Geronimo a quitté Brest à 18 h : « on va couper dans la nuit ou au début de demain, entre 23 h et 3 h du matin. Il faut essayer de ne pas partir contre des flots trop forts. ...
A propos de la confrontation attendue par le public :
Je n'ai pas envie d'être dans les mêmes systèmes météo que quelqu'un qui sur le papier, va automatiquement plus vite. Quatre mètres de plus c'est énorme et cela fait une différence de vitesse colossale.
J'espérai trouver une meilleure fenêtre que la leur de façon à pouvoir engranger un peu d'avance mais il n'y en a pas d'autre, le temps presse.
Il va falloir gérer cela, ce qui ne doit pas être ingérable non plus, il ne faut pas exagérer.
La finalité est de faire faire le tour au bateau, aux hommes et au matériel. Pour le schéma tactique, je ne vais pas vous le donner...
C'est toujours plus amusant d'avoir quelqu'un sur l'eau en même temps que vous. On va se faire un joli tour du monde, on est content d'y aller. On va pouvoir faire vraiment du bateau.»

Geronimo a quitté la rade à 18 h 30
photos Yannick Le Bris : http://www.photos-de-navires.com

Orange II lui, a quitté Lorient à 22 h 40, cap sur Ouessant : "On attendait ça depuis quelques années, que ce duel puisse avoir lieu. C'est un hasard de la vie. On va régler nos comptes sur l'eau ..."

25/02/04
JOUR 0
 
 
Le "joli voyage" a commencé ! Geronimo a coupé la ligne de départ ce mercredi 25 février 2004 à 23 heures 17 minutes et 40 secondes TU.
Olivier de Kersauson et ses dix compagnons devront donc être revenus avant le 30 avril 2004 à 7 heures 54 minutes et 4 secondes TU pour battre le record établi par Bruno Peyron en 2002 (64j 8h 37m et 24s) et peut-être même bien avant ... pour remporter le Trophée Jules Verne. Rodolphe Jacq n'est pas du voyage en raison d'une hernie discale. Il est remplacé par Xavier Douin.
Les prévisions météos annonçent un flux de nord pour les prochaines 48 heures qui laisse espérer un passage du Golfe de Gascogne dans de bonnes conditions. L’objectif est d’arriver à la latitude de Gibraltar avant samedi de façon à pouvoir accrocher sans retard la limite nord des alizés. Souhaitons leur à tous une très bonne glisse et beaucoup de plaisir.

26/02/04
JOUR 1
 
 
OdK : « Un peu plus mou que prévu, bien mollasson même. On a du vent assez faible, c'est pas très actif. Pas assez faible pour se dérouter, pas assez fort pour aller vraiment vite. »
Position à 23 h 18 TU : 41°14 N / 10°39 W - 495,65 mn - moyenne 20,65 noeuds.
Et pendant ce temps là, au 20ème jour de navigation, Fossett prend des risques, en s'installant à 48°50 de latitude sud et fait de droles de rencontres. Pour mémoire, en 2003, au même jour, Geronimo était positionné à 44°. Il n'avait avait atteint les 50° de latitude qu'aux jours 22 et 23. Cette position a été très rapidement abandonnée pour revenir à celle de 44-45°, plus confortable et plus sûre. A l'évidence, Fossett tente un gros coup de poker ! Il est certain que le tour du monde sera gagné ou perdu dans le sud.
Bruno Peyron est également dans la course depuis ce matin à 8h 1m et 43 s TU. Retour avant le 30 avril 2004 à 16h 38m et 7s TU, pour battre son propre record.

27/02/04
JOUR 2
 
 
David contre Goliath : Geronimo n'a pas à rougir face à son concurrent Orange II, qu'il tient à distance à conditions égales.
A 8 h TU, l'écart entre les deux multicoques était de plus de 210 milles.
Le trimaran s'offre de jolies pointes à plus de 29 noeuds.
Les prochaines heures seront moins roses : le flanc Est de l’anticyclone va se faire sentir, et ralentir sensiblement la progression vers le Sud, un véritable feu ... orange à durée indéterminée.
Position à 23 h 17 TU : 33°55 N / 14°20 W - 472,50 mn - moyenne 19,70 noeuds.

28/02/04
JOUR 3
 
 
Des "conditions tordues" : comme prévu, les conditions de vent sont mollissantes, Olivier de Kersauson maintient le cap sur la route directe. « Les conditions sont instables et pas vraiment rentables, mais c’est amusant de performer dans des gammes aussi variées. L’équipage tourne bien, l’esprit est détendu, ils enchaînent magnifiquement les manœuvres, tout le monde semble content. Dans 48 heures, nous serons du côté des îles du Cap Vert, j’espère que nous réussirons à accrocher les bons filets de vents. J’ai hâte de rentrer dans les vrais systèmes des alizés pour voir comment on marche. »
Position à 23 h 17 TU : 28°31 N / 14°47 W - 324,80 mn - moyenne 13,53 noeuds.
Bruno Peyron, lui, prend une option très Est : « Faire de l'ouest serait suicidaire ! ». Fossett compte maintenant près de 2 jours d'avance sur le record, Cheyenne est remonté à la latitude de 47°50.

29/02/04
JOUR 4
 
 
Chassé croisé : Geronimo et Orange II croisent leur route et inversent les positions : Olivier à l'est et Bruno à l'ouest. Ils sont maintenant tous les deux en retard sur le record et doivent sortir d'urgence de la pétole sinon la note va être très salée.
« On regarde l'Equateur tout le temps. C'est la marque à franchir. C'est la symbolique du parcours. C'est aussi en général dans ces zones-là que l'on a encore un vrai changement d'hémisphère et de vents, donc de situations climatiques. »
Position à 23 h 17 TU : 22°17 N / 18°58 W - 437,26 mn - moyenne 18,22 noeuds.
A 4 h TU, Cheyenne est pointé au nord des Kerguelen à la latitude 48°S.
Précisions utiles sur les positions au jour 4 :
- Distance à l'Equateur de Geronimo : 1382 mille nautiques
- Distance à l’Equateur d’Orange II : 1484 milles nautiques
- Distance à l'Equateur d'Orange I : 1298,6 milles nautiques
Au jour 4, Geronimo a donc 102 milles d'avance sur Orange II et 83 milles de retard sur le record de 2002 (CQFD ;-)

01/03/04
JOUR 5
 
 
« Il faut en découdre! - Oui, alors décousons ! » : Libération ...
Sous les pavés ... la lune : « Dans la zone dans laquelle est Geronimo maintenant, c'est de l'alizé, c'est assez fort d'ailleurs, c'est bien établi, c'est assez variable en même temps mais il y a de belles poussées jusqu'à 30 noeuds 33 - 34 noeuds .... On tire des bords parce qu'il n'y a rien qui nous emmène a l'Equateur directement, là je pense qu'on va plonger dans le sud, on peut pas faire du gain ouest en permanence [...] On a touché du vent vraiment correct, la période de passage des Canaries a été un peu boiteuse mais là on est rentré dans un système où les vent sont réguliers et fournis... ça va, ça avance très raisonnablement dans la bonne direction... il y a des moments où ça surf bien, de temps en temps à 30 noeuds mais pas tout le temps... C'est agréable en plus il y a la lune la nuit, tout est parfait, tout est comme dans le film... ça fait des nuits vraiment sympas, ça fait des nuits a glisser sous la lune, c'est brutal, joli et en même temps émotionnel, c'est ravissant quoi, entre 25 et 30 noeuds sur de la mer argentée comme ça, ça a de la gueule ... » transcription Kaya
Position à 23 h 17 TU : 15°48 N / 24°06 W - 486,56 mn - moyenne 20,27 noeuds.
Au 5ème jour de mer Geronimo pointe toujours devant Orange II avec 53 milles d'avance.


02/03/04
JOUR 6
 
 
Bientôt le Pot au Noir : Les redoublants de 2003 savent maintenant que le "Pot au noir" est une zone de convergence entre les deux hémisphères générant des vents souvent faibles et instables.
Ce passage est redouté de tous les circum-navigateurs et pourrait s'avérer délicat pour Geronimo : il s'étale sur toute la largeur de l'Atlantique et sur 1000 kilomètres de haut.
Pour le moment, le trimaran continue sa descente infernale à 21 nœuds de moyenne, poussé par des Alizés de Nord-Est bien établis.
Cheyenne persiste et signe dans son option sud : au 25ème jour, il se trouve par 51°22 de latitude. Historiquement, seul SportElec avait osé descendre un peu plus sud (en 1997) avec une latitude de 51°50 pendant une journée !
Position à 23 h 17 TU : 09°22 N / 27°54 W - 444 mn - moyenne 18,53 noeuds.

02/03/04
 
 
Orange dérouté sur les îles du Cap Vert ! Bruno Peyron a stoppé le catamaran au niveau de l'Ile de Santo Anto située au nord-ouest de St Vincent afin de déterminer l'origine d'un bruit en provenance de la coque tribord.
Une inspection sous-marine a révélé la présence d'une fissure dans le carénage de l'arbre d'hélice avec formation d'une voie d'eau.
L'avarie est qualifiée de mineure, aussi le skipper va tenter une réparation de fortune, à l'abris du volcan Fogo. La réparation nécessite de pouvoir plonger plusieurs heures sous la coque et sans compresseur à bord, seules trois bouteilles sont disponibles.
Les architectes d'Orange suivent l'opération à distance.
En cas d'échec, ce serait la fin du "joli voyage" pour Orange.

03/03/04
JOUR 7
 
 
Orange 2 a définitivement abandonné et regagne la France. Cette tentative était la 18ème depuis 1990, année de création du Trophée Jules Verne, dont 5 de la part de Bruno Peyron (2 records établis - 3 abandons sur avaries)
Statistiquement, seuls 35 % des engagés ont terminé le tour du monde et 23 % ont établi un record. Si besoin était, les chiffres prouvent que cette compétition est impitoyable.
Olivier de Kersauson a déclaré : « Ayant nous même connu des avaries, nous savons la souffrance que représente l’arrêt d’une tentative pour une équipe comme celle de Bruno Peyron. »
Geronimo s'est recalé vers l'Ouest, sur les 28° de longitude, afin de franchir le Pot au Noir dans les meilleures conditions possibles. A la fin du jour 7, le trimaran était situé à 240 milles de l’Équateur.
Position à 23 h 17 TU : 03°59 N / 28°56 W - 329 mn - moyenne 13,90 noeuds.
Cheyenne a franchi la longitude du Cap Leeuwin par 115°08 E (latitude 51°50 S) en 25j 14h 8m. Il compte 3 jours et 17 heures d'avance sur le record de Peyron et 14 heures d'avance sur le temps de référence signé par Olivier de Kersauson en 2003.

04/03/04
JOUR 8
 
 
L'Equateur, enfin ... : Geronimo a franchi l'Equateur jeudi 4 mars 2004 à 21 h 41 m 4 s TU, après 7 j 22 h et 23 m de mer, soit 13 minutes de plus qu'Orange I et 8 heures de moins que Cheyenne.
Le vent s’était complètement effondré à l’approche de la ligne imaginaire de l’équateur. Le trimaran naviguait à environ 6 noeuds par cinq petits noeuds de vent, et le Pot au Noir tentait bel et bien de l'emprisonner ...
Le trimaran tente maintenant de s'extraire au plus vite de ces zones à la météo complexe.
Position à 23 h 17 TU : 00°10 N / 28°07 W - 254,49 mn - moyenne 10,60 noeuds.
Des rêves qui meurent ... : Olivier de Kersauson revient sur l'abandon d'Orange II : « ... Aller courrir autour du monde, c'est accepter de sacrifier plein de choses. [...] Quand un bateau va mal, c'est quelque chose de grave pour les gens qui naviguent… Vous savez, un bateau qui va mal, c'est des rêves qui meurent, et c'est ça qui est grave en fait. »

05/03/04
JOUR 9
 
 
Prêts à tous les combats ... : synthèse de la vacation diffusée à la suite du passage de l'Equateur :
« On a fait une descente pas mauvaise. C'est bien d'être dans les temps avec des conditions pas bonnes, c'est pas mal. [...] Il y a peu d'endroits au monde où l'on a ce décor avec autour de soi des grains noirs, des mers complètements plombées, sans reflet, comme si tout était éteint. Avec cette vapeur d'eau, il y a un coté bain turc assez étonnant, c'est un paysage maritime différent qui a son charme ... à condition que cela ne dure pas une semaine. »
En ce qui concerne les perspectives : « On n'est pas dans les clous du tout, on attend des vents d'Est que l'on ne voit pas du tout venir pour l'instant. Nous sommes dans l'expectative. Il n'y a pas d'abattement mais l'enthousiasme n'est pas non plus exubérant. On devrait arriver à faire une route pas trop sordide en direction de Sainte Hélène. Nous ne sommes pas dans le bon, mais pas dans le pire non plus. Dans un tour du monde, il faut penser dans la globalité et ne pas s'enerver sur le ponctuel. »
Au sujet des performances de Cheyenne : «... Ce n'est pas notre préoccupation majeure aujourd'hui. Fossett a pu se faire une route sud et facile. Vous pouvez mettre 40 Fossett, cela ne change rien pour nous. On n'a besoin de rien, ni derrière, ni devant, pour nous pousser, pour faire notre métier à fond. [...] De toutes façons, nous sommes prêts à tous les combats. »

06/03/04
JOUR 10
 
 
Les affaires reprennent : Geronimo a "touché" un peu de vent. Sous l'effet d'un flux de Nord-Est bien établi, le speedomètre indiquait une vitesse de 23 noeuds à 13 h TU.
Ces conditions étaient annoncées et attendues depuis de nombreuses heures.
Elles vont permettre au trimaran d'arrondir le plus rapidement possible l'anticyclone de Sainte-Hélène.
Position à 23 h 17 TU : 10°36 S / 29°18 W - 405,99 mn - moyenne 16,92 noeuds.

07/03/04
JOUR 11
 
 
Geronimo persécuté : c’est maintenant au tour de l’anticyclone de Sainte-Hélène de faire payer le prix fort au trimaran, étalé de l'Argentine à l'Afrique du sud, il barre l'Atlantique Sud en se déplaçant lentement vers l'Est.
La vitesse de déplacement de l'anticyclone est trop faible pour que Geronimo puisse en profiter.
Sur les douze premières heures de cette onzième journée, la vitesse moyenne du trimaran dépasse les 21 noeuds, avec moins de 16 noeuds de vent de travers. La descente vers le Sud est un véritable parcours du combattant, à quand des systèmes bien établis ?
Retournement de tendance en fin de journée 11, Geronimo accélère avec une vitesse de 27,7 noeuds en surface. Belle surprise, croisons les doigts ...
Position à 23 h 17 TU : 19°01 S / 31°32 W - 521,32 mn - moyenne 21,72 noeuds.

08/03/04
JOUR 12
 
 
Toujours dans la course : « On marche à environ 25 noeuds à la surface, avec 20 noeuds de vent avec des grains, grand voile haute et solent. Heureusement que Geronimo marche vite dans les temps légers et médium. On ne perd pas de temps, mais maintenant, à un moment donné il va falloir en gagner ! »
Ce matin Geronimo avait parcouru 334 milles en 14 heures, faisant cap au Sud pour contourner l'anticyclone de Sainte-Hélène par l'Ouest. Le trimaran a encore 1000 milles à parcourir avant de pouvoir faire cap à l'est vers l'océan Indien. Son retard avec Orange 1 est d'environ 4 heures (92 milles).
Compte tenu des conditions météorologiques précaires, la performance des 11 hommes est remarquable.
Position à 23 h 17 TU : 27°30 S / 33°13 W - 517,30 mn - moyenne 21,56 noeuds.

09/03/04
JOUR 13
 
 
La route sera longue : Geronimo est contraint de contourner une large zone de hautes pressions par l'ouest, ce qui rallongera d'autant sa route pour rejoindre la longitude du Cap de Bonne Espérance. La force du vent diminue depuis ce matin, descendant jusqu'à 15 noeuds. Si le flux devrait s'améliorer en passant dès demain au Nord-Ouest, l'état de la mer sera lui détérioré au sud, par les effets résiduels du cyclone situé sur Madagascar.
Position à 23 h 17 TU : 33°20 S / 30°59 W - 368,55 mn - moyenne 15,36 noeuds.

10/03/04
JOUR 14
 
 
La belle surprise : profitant de bons vents nord - nord-ouest, Geronimo fait route à l'est - sud-est avec des pointes à 25 noeuds. Le trimaran géant est maintenant bien calé sur une courbe isobarique constante qui va lui permettre de contourner la haute pression tout en maintenant un cap utile vers les mers du sud. Les prévisions météorologiques sont correctes jusqu'à Bonne Espérance. Seuls les growlers qui trainent à 40° sud peuvent contrarier un peu la bonne marche de Geronimo.
Le Trophée Jules Verne commence ...
Position à 23 h 17 TU : 37°38 S / 22°59 W - 488 mn - moyenne 19,5 noeuds.

11/03/04
JOUR 15
 
 
On fait du mille ! Extraits de la vacation du jour : « On a du vent assez correct, une mer relativement facile, on marche bien. [...] Ça allonge bien, il y a de l'air, c'est maniable, on fait du mille, on tire bien dessus. Geronimo s'est amélioré depuis l'année dernière et l'équipage aussi, on a un gain de vitesse de 5 à 7 % [...] On cherche à durer, à conserver le rythme et l'avance qu'on a sur le record. On est content d'être devant les temps du record en ce moment. [...] On descend, on risque d'avoir un anticyclone qui nous barre la route dans un jour et demi. Demain matin on sera à 45° sud. Cela ne me plaît pas tellement à cause de la convergence. [...] Les 40èmes rugissants, c'est sans innocence. On quitte un monde normal pour arriver dans un monde qui a des réserves de beauté, d'insolites extraordinaires mais aussi de violences réelles. [...] Bon, je vous quitte, il faut que j'aille gueuler sur le pont, le mec fait pas ce que je lui ai dit et j'aime pas ça. »
Et bien je peux vous dire que le boss est en super forme. Et Geronimo aussi, qui a avalé 208 milles et 8 heures ! Allez donc par ici, pour écouter, ce n'est que du bonheur !
Au quinzième jour de navigation, Geronimo compte une bonne journée d'avance sur Orange I.
Position à 23 h 17 TU : 42°25 S / 11°17 W - 608,61 mn - moyenne 25,36 noeuds.

12/03/04
JOUR 16
 
 
Geronimo change de cap : le point de 11 h 16 TU montre que Geronimo est orienté plein est. Il a parcouru 281 miles en 12 heures à la moyenne de 23,40 noeuds.
L'US Navy ayant repéré des "glaçons" à partir de 48° sud, la latitude de 43°50 sud va être suivie jusqu'au franchissement de la longitude du Cap de Bonne Espérance (dans 48 heures). Cette option va conduire le trimaran dans le coeur de la haute pression et le ralentir progressivement. En fin de journée 16, Geronimo compte toujours une bonne journée d'avance sur Orange I.
Position à 23 h 17 TU : 42°54 S / 00°31 E - 523,73 mn - moyenne 21,82 noeuds.

13/03/04
JOUR 17
 
 
Vitesse et températures sont en baisse pour Geronimo : les paramètres du jour sont 18-11-12 (vitesse - température air - température eau). Les prévisions permettent d'envisager le passage du Cap de Bonne Espérance dimanche, soit en moins de 18 jours (temps de Peyron : 18 j 18 h 40 m, temps de Fossett : 17 j 23 h 29 m). En fin de journée, Geronimo compte 490 milles d'avance sur Orange I.
Le passage du Cap de Bonne Espérance marquera l'entrée dans l'Océan Indien, tant redouté par Olivier de Kersauson : « La descente par le Grand Sud, par des mers effrayantes où toute possibilité de secours est une utopie. Là-bas domine l’isolement total, celui d’un immense désert de vagues d’une sauvagerie d’aube du monde »
Position à 23 h 18 TU : 43°50 S / 09°21 E - 382 mn - moyenne 15,90 noeuds.

14/03/04
JOUR 18
 
 
C'est à 22 h 15 TU que Geronimo a atteint la longitude 18°28'26" E marquant le franchissement du Cap de Bonne Espérance et l'entrée dans l'Océan Indien après 17 j 22 h 58 m de navigation depuis Ouessant. A ce moment, le trimaran comptait 19 h 42 minutes et 400 milles d'avance sur Orange I (31 minutes sur Cheyenne).
Cette performance est la deuxième de toute l'histoire du Trophée Jules Verne, derrière le temps de Geronimo en 2003 (16 j 14 h 35 m).
Carnet de Libération : « La nuit, le bateau luit, la mer luit. C'est comme si les lunes luisaient ici plus qu'ailleurs. Ce sont des brillances soyeuses et tout cela est d'une beauté renversante. »
Position à 23 h 17 TU : 44°26 S / 18°52 E - 411 mn - moyenne 17,13 noeuds.

15/03/04
JOUR 19
 
 
Comment peut-on imaginer que Geronimo soit en train de subir ??? Comme le dit Kaya, c'est dommage de ne pas prêter attention à ce que dit Olivier de Kersauson ...
Extraits de la vacation du jour : « ... On est obligé de descendre, le vent nous emmène à descendre, en plus ça fait de la route plus courte quand même. On va aller se caler sur 51-52, je sais pas encore. Mais là on descend bien. On descend pour pas cher avec des vents de Noroît, c'est à dire qu'on fait un cap intéressant au point de vue tactique. On fait du 110, donc cela nous amène sur les Îles Edouard assez rapidement sans non plus faire du Sud. On est presque en route directe pour Kerguelen sur cet axe là, donc c'est intéressant comme descente [...] Alors là on a de la brume, une brume épaisse. On n'a pas toujours le vent de la brume. [...] On a 30-35 noeuds de vent en moyenne. On descend quoi ... voilà. [...] En vitesse on tourne bien, on est souvent à 29-28 noeuds. On fait une moyenne honnête quoi. [...] On descend mais on descend à la limite de la convergence quoi, ça nous oblige à faire une veille radar importante, on commence à "sudir" (descendre vers le sud). J'aurais préféré pour gagner ce coin là 7 à 8° plus loin quoi, mais enfin on va faire avec, on a un bon radar. J'espère que la brume va un peu se lever, Ça fait deux jours qu'on voit pas l'avant du bateau. C'est pas agréable, ça prive de la lumière, ça prive des couleurs, ça prive de tout. On est un peu enfermé dans cet espèce de monde cotonneux. On voit pas la mer, on voit la mer quand elle arrive sur nous seulement. C'est romantique la brume, mais passé 5 ou 6 heures, ça commence à être chiant. [...] On doit pouvoir faire une route relativement sud avec des conditions qui ressembleraient peut-être, j'ose rêver, à de la glisse mais de toutes façons on pourra pas avoir des conditions beaucoup plus déguelasses que celles qu'on a eu l'année dernière. [...] C'est dans la nuit qui faut qu'on fasse attention là cette nuit, je pense. On arrive sur des points de convergence là, puis la température de l'eau baisse beaucoup donc de toutes façon, je vais te dire, si je vois que ça sent le chaud, je réduirais, on réduira la vitesse. Quand y'a des growlers c'est souvent qu'il y a des icebergs autour. [...] Si on sent que c'est merdeux on lèvera le pied. [...] J'ai quelques renseignements par les Kerguelen, d'après eux, cette année il y a pas de glace ou très peu, ils m'ont dit que c'était clair jusqu'à 55-60. [...] Le bateau marche magnifiquement, Geronimo va vraiment bien puis dans plein de conditions différentes. [...] On va sans doute réduire la vitesse, dans 5-6 heures, la mer se forme, on pourra pas aller aux vitesses auxquelles on va dans la mer formée. [...] On surveille (le matériel) tous les jours, on connaît bien notre matériel, c'est pas la première fois qu'on tourne avec le bateau, en plus on gère bien, on a toujours bien géré nos casses ou nos usures, on sait bien que rien n'est inépuisable. Quand on met l'aiguille dans le rouge, on peut pas la mettre éternellement, il faut choisir. Il faut pas avoir des impacts trop violents, l'impact est destructeur. [...] Nous on fait la vitesse du temps, si y'a moyen de faire 580-600 on fait 580-600 on fait la vitesse du temps, quoi on se rend bien compte. Ça demande de faire attention tout le temps, tout le monde est motivé. L'année dernière on a quand même tourné autour du monde jusqu'au Cap Horn vraiment vite pour se faire emplumer dans 28 jours de molasse, ça énerve tout cela. Donc c'est sur, c'est pas difficile d'obtenir d'une équipe qui connaît bien son bateau une gestion cohérente et intelligente de la mécanique, des efforts, c'est assez simple, ça se passe dans la bonne humeur, y'a pas de soucis. [...] Avec le coup qu'on a pris dans la gueule, c'est difficile de ne pas être philosophe. On a mis 28 jours pour faire le Cap Horn - la maison. On s'attend à toutes les saloperies possibles et imaginables de systèmes qu'on comprend pas très bien. [...] Tant qu'on est dans des cadres où on comprend à peu près ce qui se passe, il faut en profiter pour allumer. [...] Ils (les hommes) vont bien, il n'y a pas de blessé, il n'y a pas de grognon, il n'y a pas trop de fatigue, je pense qu'ils vont bien ... je ne leur prend pas la température tous les matins. On voit bien un équipage qui est content, qui s'amuse durant le quart. On s'amuse bien avec le bateau, on se fait plaisir. [...] Au moins pour les 3-4 jours qui suivent on devrait réussir à être performants. On devrait avoir une relativement bonne glisse mais je suis étonné de la mer qui nous arrive par le travers pour le moment qui commence à être assez pêchue. A priori, je crois et j'espère qu'on doit avoir des conditions assez intéressantes qui nous permettent de naviguer relativement sud. [...] Naviguer avec un équipage comme on a en ce moment c'est un délice, on se régale ... comme disait la mère de Bonaparte, pourvu que cela dure ... »
Distance à parcourir jusqu'au point de passage de Leeuwin (longitude 115°08 E) : 3164 milles, avance sur Orange 1 : 770 milles soit 1,5 jour.
Position à 23 h 18 TU : 46°39 S / 31°25 E - 543 mn - moyenne 22,64 noeuds.

16/03/04
JOUR 20
 
 
Stress et fatigue ! Les conditions climatiques sont devenues rigoureuses : brume et 5° de température extérieure (et à peine plus à l'intérieur).
Message laconique d'OdK : « ACHTUNG ! iceberg par 47°57S 38°39E. FROID TRES FROID. Olivier » L'alarme du radar est formelle, le danger est maintenant bien réel.
« ... Naviguer sans visibilité dans des endroits où il y a de la glace, des growlers éventuellement et tout, c'est fatiguant, c'est très tendant nerveusement et puis psychologiquement. Parce que faut pas se tromper, donc ça demande une énorme vigilance et ça engendre des degrés de fatigue élevés. [...] Le pilotage d'un bateau de cette taille, à ces vitesses là, dans ce type de mer est un stress lourd. On sent de la fatigue, là je sens sur l'ensemble de l'équipage la fatigue. La brume, la glace tout cela ça créé une énorme tension nerveuse et cette tension nerveuse elle engendre du stress et de la fatigue. [...] La recharge en calorie elle est pas faisable, si on chauffe à l'intérieur à ce moment là on un un trop grand choc thermique entre l'intérieur et l'extérieur et quand les gens montent à la manoeuvre, ils souffrent d'autant plus. Donc il faut habituer l'organisme à vivre en milieu froid. »
La route suivie et les risques pris prouvent qu'Olivier de Kersauson s'engage sur une route très sud de nature à faire tomber le record et battre Fossett. A cet instant, la tentative prend une autre dimension que nous autres les terriens ne pouvons plus appréhender. Ces 11 marins, extra-terrestres par définition, sont bel et bien seuls face à leur destin.
Geronimo progresse bien avec un vent apparent de 25 noeuds et une vitesse sur le fond de 24,3 noeuds.
A la fin du Jour 20, Geronimo engrange une belle moisson de milles supplémentaires, près de 2 jours d'avance sur le record et un maintient un petit avantage sur Fossett.
Position à 23 h 18 TU : 48°46 S / 43°56 E - 520 mn - moyenne 21,70 noeuds.

17/03/04
JOUR 21
 
 
Jouer à la roulette Russe : malgré la houle le trimaran réalise une belle journée en parcourant 542 milles soit plus de 22,50 nœuds de moyenne. La brume s'est levée en milieu de journée, les 11 hommes ont pu constater qu'ils n'étaient pas tout à fait seuls ... ils ont laissé un "joli" glaçon par tribord ! « C'est tellement terrorisant quand on sait que la glace est à coté, qu'on à l'impression de jouer à la roulette Russe., Ce qui n'est ni la destination de ce navire, ni la destination de cet équipage. C'est à dire que ce stress là devient très très très dur à supporter. [...] Il y a des moments où on dit on arrête, ... et justement faut pas arrêter, c'est là que ça demande à chacun un vrai effort, une véritable concentration et un puis peu de chance aussi. C'est des zones où il faut un peu de chance. Tous ces océans du sud où on fait rien si on n'a pas un peu de chance. »
En fin de journée 21, Geronimo fait jeu égal avec Cheyenne alors que ce dernier à une longueur de flottaison supérieure de 10 %. La performance est remarquable.
Distance au Cap Leeuwin : 2230 milles - Avance sur Orange I : 934 milles. OdK : « Vous savez, les avances elles sont que des avances, elles ne signifie quelque chose que lorsqu'on a coupé la ligne en final. Oui, c'est une bonne position, mieux vaut être devant que derrière, mais ça s'arrête là. »
Position à 23 h 17 TU : 47°36 S / 57°23 E - 541,88 mn - moyenne 22,58 noeuds.
Le site de Cheyenne fait état de nouveaux problèmes de rail de mât. Mais le diable d'Américain a de la ressource, il a passé le Cap Horn après 39 j 16 h 16 m de mer. Son avance sur le record s'est réduite à 2 j 10 h 36 m. Au sujet du Trophée Jules Verne, Bruno Peyron a déclaré : "Nous ne sommes plus dans une logique de départ possible".

18/03/04
JOUR 22
 
 
On va lever un peu le pied : « Remonter dans le nord, il n'y a pas trop de vent, dans le sud, il risque d'y en avoir trop ! C'est toujours comme ça donc il faut essayer de négocier entre les différents systèmes météo. [...] On a plutôt des conditions négociables, on ne vit pas l'enfer et tant mieux. [...] Dans cet océan quand cela tourne mal, cela tourne vite mal. [...] Le quart est difficile, les mers sont dures à barrer [...] dans le mauvais temps qui va arriver on va lever le pied un peu de façon à ce que l'ensemble de l'équipage qui est à bord de Geronimo puisse se refaire un peu une santé. »
Olivier de Kersauson vient d'opter pour un passage au Nord des Îles Kerguelen, privilégiant ainsi la sécurité au cap. En 2003, Geronimo était passé au sud.
Cheyenne et Geronimo sont à égalité au jour 21. Fossett n'avait totalisé que 439 milles en moyenne au cours des jours 22-23-24. Olivier de Kersauson devrait pouvoir, au minimum, maintenir sa position dans les prochaines journées malgré les conditions météo et la fatigue.
A J 21 + 12 h, Geronimo est positionné à la même longitude qu'Orange I en fin de jour 24. Il compte donc 2,5 jours d'avance.
Distance au Cap Leeuwin en fin de journée : 1856 milles.
Position à 23 h 17 TU : 46°08 S / 68°25 E - 461,3 mn - moyenne 19,22 noeuds.

19/03/04
JOUR 23
 
 
C'est quand on coupe la ligne à Brest qu'il faut avoir de l'avance ! : après le contournement des Kerguelen par le Nord, Geronimo a repris un cap est - sud-est qui va lui permettre d'atteindre rapidement la latitude 50° sud.
« On redescend maintenant sur des latitudes 50-51-52 quand même. Y'a une belle mer, ça commence à devenir un peu gros là mais c'est bien, ça sort bien. [...] Depuis quelques jours, une fois la brume partie, on a une belle glisse du sud, on a de la grâce. Y'a un peu ce qui fait que cette partie du monde est attachante et émouvante quand on navigue dedans. Depuis ce matin, depuis tout à l'heure c'est des belles lumière, c'est des bleus denses, presque noirs mais avec du doré dans les nuages, il y a quand même du soleil. Ça c'est extraordinaire, c'est d'une vraie beauté. [...] C'est mieux d'avoir trois jours d'avance que trois jours de retard, mais ... c'est bien, c'est bien, d'accord ça tourne mais c'est à l'arrivée, c'est quand on coupe la ligne à Brest qu'il faut avoir de l'avance ... »
A mi-journée, le trimaran évoluait dans de bonnes conditions et avait parcouru 269,20 milles soit une moyenne de 22,4 noeuds.
Position à 23 h 17 TU : 49°03 S / 81°01 E - 538,28 mn - moyenne 22,43 noeuds.
En fin de journée 23, Geronimo possède 1205 milles d'avance sur Orange I soit 3 jours.
Au même moment, Fossett était positionné à 51° de latitude sud.

20/03/04
JOUR 24
 
 
Indifférence ou mépris ? Ni l'un ni l'autre. Au mieux on félicite, au pire on reste poli. Aucun passionné de voile et d'aventure n'a droit à un tel traitement ...
Et Fossett le premier. Sa tentative est particulièrement digne d'intérêt. Le problème n'est pas là. S'il devait améliorer le record du tour du monde, ce serait bien, très bien. Mais que deviendrait alors le Trophée Jules Verne ? À eux seuls, ces trois mots me font rèver, même à la barre d'un ordinateur. Dans la vie on n'a pas toujours le choix.
Olivier de Kersauson est en ce moment le seul apache capable de préserver ce morceau de patrimoine culturel et sportif. Voilà, c'est tout !
Je n'ai pas du tout envie de suivre la Mac-Coca World Cup !
Position à 23 h 17 TU : 49°28 S / 94°36 E - 532 mn - moyenne 22,16 noeuds.
Distance au Cap Leeuwin : 798 mn - écart avec Orange I : 1345 mn

21/03/04
JOUR 25
 
 
Frein moteur : Geronimo a traversé une zone de calmes ce qui a causé un net ralentissement de sa progression vers le Cap Leeuwin. Au terme de cette 25ème journée le trimaran était positionné à 448 milles de la marque de passage et comptait 1378 mille d'avance sur Orange I. Calé sur la latitude 49° sud, il affichait un cap plein est.
« Ce n'est pas l'enfer, certainement pas le paradis. Nous sommes dans le monde de l'attente, le monde des limbes. Un monde où le meilleur et le pire peuvent arriver. Chaque heure qui se passe bien doit être considérée comme un bienfait. » (extrait du remarquable Carnet publié par Libération où OdK revient sur les jours passés au milieu des icebergs)
Position à 23 h 17 TU : 49°40 S / 103°35 E - 349,25 mn - moyenne 14,56 noeuds.
Pour la première fois depuis l'entrée dans l'Indien, Geronimo marque sensiblement le pas sur le tableau de marche de Cheyenne.

22/03/04
JOUR 26
 
 
A la recherche du vent perdu : Geronimo peine à franchir la longitude du Cap Leeuwin. C'est un peu comme si l'Indien tenait à faire payer l'écot légendaire à son illustre visiteur avant de lui ouvrir les portes du Pacifique. L'étape devrait être franchie dans la journée 27, à train de croisère côtière.
Profitons en pour méditer sur les propos d'Olivier : « Nous vivons dans un schéma de pensée définitivement différent des terriens. Trois jours d'avance sur Orange ? C'est bien, mais cela reste de la comptabilité. Ce n'est pas cela que je cherche. »
Position à 23 h 17 TU : 49°21 S / 112°35 E - 350 mn - moyenne 14,6 noeuds.

23/03/04
JOUR 27
 
 
Il y a des minutes qui durent une heure ... : Geronimo a franchi la marque longitudinale du Cap Leeuwin à 10 h 50 TU soit après 26 j 11 h 33 m de mer, améliorant le temps d'Orange de 2 j 19 h 49 m.
Extraits de la vacation du jour : « On a fait notre plus courte demi-journée depuis le départ, on a fait 101 milles sur la route en 12 h ! [...] j'ose pas dire la plus petite journée parce que j'ai pas osé regarder la journée entière, j'ai pas le courage. [...] Il y a des minutes qui durent une heure et des heures qui durent une minute. [...]
Par contre derrière ce qui arrive ça ronfle bien en principe. Ce qui arrive c'était sur Kerguelen hier ou avant hier ... ce qui arrive c'est bien joufflu. On va avoir 40 noeuds établis, 50 dans les rafales, on va avoir quelque chose de bien gras là. On préférerait avoir un peu moins gras et un peu plus souvent
. [...]
On va à priori rester, si les vents le permettent, en fonction de ce que l'on va avoir, sur une route qui va être
... entre 49-50-52, dans ces zones là quoi. Jusqu'à ce qu'on soit rendus sous la Nouvelle Zélande. Après on pourra descendre plus parce que la marge de manoeuvre est différente. [...]
Je pense que ça va repartir correctement, on a les compteurs qui sont remontés à 19 noeuds, là on a 15 noeuds de vent, ça va. La nuit va peut-être être propice pour amener un peu de vitesse. [...]
Les dernières 24 heures de calmes n'ont sûrement pas arrangé la moyenne mais elles sont sûrement arrangé le physique de notre équipage. On a tous dormis au peu dans des vrais sommeils bien profonds.
... Aujourd'hui la mer est plate comme en Baie de Quiberon par un beau dimanche de Novembre, cela a permis de récupérer. [...]
Il faut jamais quitter de l'esprit que c'est un tour complet, donc ni s'esbaudir ni se navrer lorsque les choses vont pas bien, c'est une relativité. En même temps il faut toujours se concentrer sur ce que tu fais dans l'heure pour essayer d'obtenir le maximum. L'exercice est intéressant, tu vis dans un système à longue durée mais où tu sais que chaque seconde consommée est consommée. [...] Il n'y a pas d'acquis sur ce parcours, tout ce que tu gagne peut te filer entre les doigts en 48 heures à toute vitesse. »
Position à 23 h 18 TU : 50°36 S / 121°40 E - 358 mn - moyenne 14,92 noeuds.
Geronimo maintient ses 3 jours d'avance sur Orange et compte 1 jour de retard sur Cheyenne.

24/03/04
JOUR 28
 
 
Geronimo plonge au sud ... : Olivier de Kersauson avait annoncé hier son intention de descendre très sud. Positionné ce matin par 51°48 S avec une vitesse instantanée de 24,5 noeuds, le trimaran était par 52°11 S à 13 h TU et 52°33 S à 23 h 17 TU. Pour information, à longitude comparable Orange était situé à 50°30 S et Cheyenne à 51°50.
Mise au point d'Olivier au sujet du tour du monde : « D'abord le record c'est Peyron qui le détient et personne d'autre aujourd'hui, ... c'est à lui qu'il faut s'intéresser. Il sera peut-être temps de s'intéresser à l'autre à un autre moment, pour l'instant c'est Peyron qui le tient. Je vois qu'on est dans les temps, je vois qu'il faut y rester surtout. »
Position à 23 h 18 TU : 52°33 S / 136°14 E - 555,22 mn - moyenne 23,13 noeuds.
Distance à l'antiméridien :
1686,21 mn - Avance sur Orange : 1275 mn soit 3 jours.

25/03/04
JOUR 29
 
 
Des heures à avancer vers nulle part : après une belle demi-journée à 276 milles Olivier de Kersauson fait part de ses doutes : « On est entre pétole et tempête, entre les deux, c'est pas confortable. ... Comme c'est très bourasque, on passe de 30 à 12 noeuds donc on a la toile de 30 noeuds, sinon on casserait tout. ... ce n'est pas de la prudence, c'est du bon sens. ... A mon avis, dans les 6 heures qui suivent on devrait être dans un flux si ce n'est normal, tout au moins cohérent. ... Nous on comptait descendre tranquillement sur 56 sud ... avec de la belle glisse. Ces zones de transition là, c'est des heures à avancer vers nulle part, à tirer des pannes dans des clapots forts, c'est pas rentable. On retombe dans des soupes incroyables ... à chaque moment il faut essayer d'être bon dans des zones qui sont pas bonnes. »
Position à 13 h 17 TU : 54°03 S / 144°25 E, distance à l'antiméridien : 1221 milles (soit un passage possible au début du 32ème jour).
Position à 23 h 17 TU : 53°09 S / 149°29 E - 480 mn - moyenne 20 noeuds.

26/03/04
JOUR 30
 
 
Des chiffres et des lettres : il est toujours possible de faire dire ce que l'on veut aux chiffres : la lecture de la carte montre qu'au jour 29 de Geronimo, Orange en était au jour 27, donc le trimaran compte 2 jours d'avance. Mais si l'on considère que Geronimo est légèrement en avance au jour 29 sur le jour 32 d'Orange, il est permis de le gratifier de 3 jours d'avance. Alors deux ou trois ?
Olivier donne la réponse avec sagesse et prudence : Tout est relatif ... c'est à Brest qu'il faut avoir de l'avance.
Geronimo contraint de remonter au près, signe contre toute attente une petite journée, qui le positionne à 766 milles de l'antiméridien.
Position à 23 h 17 TU : 53°47 S / 158°18 E - 317 mn - moyenne 13,21 noeuds.

27/03/04
JOUR 31
 
 
Coup de chien dans les 50èmes hurlants : 50 noeuds de vent, une mer cassante, pas d'issue au Nord, les icebergs au sud, températude à 4,5 ° C, telles sont les données du jour. Après la journée d'hier passée à tirer des bords, les 11 hommes sont confrontés à une nouvelle épreuve qui va mettre à mal le physique et le moral. Le matériel va lui aussi souffrir, il n'y a pas d'autre solution que d'avancer ... et de compter sur la capacité de Geronimo à faire face à toutes les situations. Dans ces conditions, il n'y a plus de record(s), il faut sauver sa peau.
Message de Geronimo, à sec de toile, seul dans la nuit des 50èmes: « SURF A 29 KT SOUS MAT SEUL. VIVEMENT LE LEVER DU JOUR. OLIVIER »
Position à 23 h 17 TU : 51°36 S / 169°04 E - 412 mn - moyenne 17,18 noeuds.

28/03/04
JOUR 32
 
 
Mer de merde : c'est sous un vent violent de sud-ouest soufflant à 40 noeuds, dans une mer formée et après 31 j 22 h 53 m de mer que Geronimo a passé la longitude 180°E-180°W nommée antiméridien (ou ligne de changement de date).
Les messages d'Olivier suffisent à eux seuls pour décrire le chemin de croix que la nature impose aux 11 hommes : « MER DE MERDE BRRRRR TRES DURE JE ME DEMANDE SI ON POURRA CONTINUER LONGTEMPS DANS CES CONDITIONS DANGEREUSES. J AI LIMPRESSION QUE L HIVER EST DEJA LA LES ROTATIONS SONT TRES BRUTALES ET INAVIGABLES. A SUIVRE. OLIVIER »
Extrait du carnet de Libération : « De tous les côtés ça gigote, ça bouillonne. On dirait mille diables dans un bénitier.... J'en arrive à en sourire en me disant que si c'est ça le yachting, eh bien ! je n'en ferai plus jamais. Pour être net, je ne continuerai pas huit jours comme ça. »
Au milieu du jour 31, la longitude symbolique de 175° E a été franchie, point le plus éloigné d'Ouessant sur le parcours et début du "joli voyage" de retour à la maison.
À l'antiméridien, Geronimo compte 2 j 10 h 27 m d'avance sur Orange (1023 milles) et 1 j 22 h 12 m de retard sur Cheyenne. Distance au Cap Horn : 3544 milles.
Position à 23 h 17 TU : 51°00 S / 179°01 W - 448 mn - moyenne 18,67 noeuds.
Pendant ce temps ... Cheyenne a passé l'équateur en 50 j 3 h 3 m soit avec 3 j 1 h 46 m d'avance sur Orange. Distance à Ouessant : 3250 milles, moyenne à réaliser pour égaler le record : 9,52 noeuds !!!

29/03/04
JOUR 33
 
 
J'irai pas faire n'importe quoi, ça c'est sur : « On n'est plus en course depuis deux jours et demi ou troisjours, c'est de la survie quoi. On a une mer sud vachement dure. Le vent n'est pas sud-ouest, il est sud dans le 210 ou le 215 donc en travers de la route. Ça fait une mer dangereuse par le travers, très difficile à absorber. Donc on se retrouve à faire des surfs, on est obliger de se sous-toiler pour passer au vent de travers. Et là on se retrouve dans des accélérations à 25 ou 35 noeuds, dans la vague, c'est casse gueule. [...]
On est emmerdés parce qu'on a la route barrée quoi, on peut pas descendre, on peut rien faire, on est obligé de suivre notre latitude. On est remonté déjà pas mal, on était à 53-54°. On est obligé de remonter jusqu'à 50, 49, 48 parce que les dépressions sont très très très très Nord et très actives. Là on est en train de se faire mettre sur la touche du sud. Quand on regarde dans le futur proche, dans les 3 ou 4 jours qui viennent, on voit pas comment on pourrait faire du gain sud. Plus ça va, même si on va pas vite parce que c'est un jeu de massacre, on fait du gain Est réel. C'est à se demander si on pourra descendre sur le Horn à un moment donné. [...]
C'est pas des mers très hautes, il y a sept mètres de creux mais c'est une puissance incroyable. L'autre nuit on était en surf sous mat seul, à 27 noeuds, cela ressemble à un jeu de massacre. Ça n'a rien à voir avec de la compétition ce qu'on fait là, c'est de la survie athlétique.
[...]
Jusqu'ici on a rien pété, mais c'est soit parce que c'est solide, soit parce que c'est un miracle. On peut pas rester dans ces mers là longtemps encore. A un moment donné on va pèter quelque chose, c'est sur.
[...]
C'est vachement dur. Je sais pas où ça va nous mener. Mais nous on n'est plus en course depuis 4 jours. Depuis 4 jours c'est de la navigation extrême. [...]
La mer on peut même pas la prendre de travers. Je peux même plus faire du 90, là je fais du 60. On peut pas passer. On dit ça va se calmer un peu, c'est à dire qu'on on va pas se faire jeter de tous les cotés, mais descendre on y arrivera pas.
En météo le pire n'est jamais sur, on se dit peut-être que dans 48 heures les choses seront plus aisées. Je sais pas. Si on se dit pas ça, il faut arrêter tout de suite. [...]
On fait le gros dos, on fait le dos rond là en attendant que ça passe, mais on ne fait que subir alors qu'un équipage de course c'est fait pour attaquer. Mais on ne peut attaquer rien là, on est complètement dominé par un système météo et la violence de la mer dans laquelle on est. On ne fait que subir ... il n'y a pas de jeu, ça n'est que de la brutalité.
Si y'a pas à un moment donné, on regarde à 72-80 heures, un moyen de sortir de là quoi, on pourra jamais descendre au Horn. On pourra pas. On peut pas avec ces vents sud là et cette mer là c'est même pas la peine essayer d'y aller. C'est le massacre. Faut attendre quoi. [...]
Peut-être que dans la molle demain. Je sais pas. On est mal quoi pour être clair.
[...]
On s'approche de Brest mais on n'arrive pas à s'approcher du Cap Horn. On va pas tangenter comme ça jusqu'à arriver le long des cotes sud-américaines.
[...]
Nous on peut pas passer là dedans, on peut pas passer travers à la lame avec du vent, c'est un coup à se retrouver sur le toit. ... Ça fait 4 jours qu'on est plus en course, on est à faire de la survie ... Si ça évolue pas la seule chose qu'on pourra faire c'est aller fuir dans le nord puis voilà, et on passera jamais le Horn. J'ai jamais vu de la mer dure comme on a par le travers là. Cette mer elle se déplace à 32-33 noeuds ... la vitesse des vagues, la propulsion est très très violente. [...]
Dans deux trois jours il faudra que j'évalue la réalité du risque. On peut pas non plus aller mettre le bateau sur le toit par 55 sud dans ces schémas qu'on a actuellement. À cette époque de l'année, dans ces mers, on n'est pas en Atlantique nord où il y du monde. Si on va au tas là on est mort. Donc je sais pas euh ... je sais pas, je vais regarder quoi. Mais euh ... j'irai pas faire n'importe quoi, ça c'est sur. Je sais pas, il faut attendre qu'on voit plus clair quoi. ... Je sais pas euh ... je sais pas, on peut rien dire. On prend que des coups et puis on verra dans 48-72 heures quoi. Voilà. [...]
Ben euh si les vents restent comme ça moi j'irais pas hein. Si les vents restent comme ça je descendrais pas. Je ferais demi-tour, je bâche. C'est trop dangereux. C'est un coup à se retrouver sur le toit à péter le bateau. [...]
Aujourd'hui le passage il existe pas du tout quoi. Voilà. Ben c'est pas drôle, pour nous c'est pas drôle parce que c'est ... on voit ... euh ...
... ok salut. »
Position à 23 h 18 TU : 48°34 S / 168°41 W - 442,22 mn - moyenne 18,43 noeuds.